Cannes 2010 - le gouvernement italien dénonce et boycotte le festival
L'AFP a publié un communiqué de presse émanant du ministre italien de la Culture, Sandro Bondi, qui annonce qu'il ne se rendra pas à l'édition 2010 du festival de Cannes, à cause de la sélection au festival et de la diffusion pendant ce dernier de Draquila, un film sur l'après-séisme à l'Aquila (centre de l'Italie). Le 6 avril 2009, un violent séisme avait ravagé la ville médiévale de L'Aquila et ses environs, faisant 308 morts et privant de logement 80 000 personnes. Proche du chef du gouvernement Silvio Berlusconi, le ministre a accusé le film "de propagande qui offense la vérité et le peuple italien dans son entier".
Draquila - l'Italia che trema ("Draquila - l'Italie qui tremble") figure dans la sélection officielle, hors compétition et doit être projeté en "séance spéciale". Sabina Guzzanti, sa réalisatrice, est connue en Italie comme une imitatrice spécialisée dans la satyre politique. Cette dernière apparaît dans son film, déguisée en Silvio Berlusconi pour y dénoncer, à la manière de Michael Moore dans ses documentaires, la mainmise du pouvoir par une élite de politiciens contrôlant tous projets de reconstruction de la ville. Guzzanti s'est exprimée dans une interview pour le site Articolo 21, expliquant qu'elle voulait montrer que "les habitants de L'Aquila sont restés sous la tente pendant six mois seulement parce que le gouvernement voulait faire voir le "miracle des maisons" remises en grande pompe aux sinistrés à partir de septembre dernier". Elle voit son film comme une "réflexion sur la dérive autoritaire de son pays."
Le seul réalisateur italien figurant dans la sélection officielle de Cannes cette année, Daniele Luchetti (présentant son film La nostra vita, en salles le 21 mai) a violemment critiqué le boycott annoncé par le ministre Bondi : "Je ne sais pas trop quoi dire à propos d'un ministre qui a honte d'un artiste libre... un pays libre doit montrer ce type de spectacles. Il faut être fier d'emmener à l'étranger une telle démonstration de liberté."
Luigi de Magistris, député européen du parti Italie des Valeurs (centre-gauche et opposition au gouvernement Berlusconi), en a rajouté une couche, clamant que "ceux qui insultent la liberté et le peuple italien, ce ne sont ni l'art ni l'information, mais un ministre qui au lieu d'honorer ses engagements institutionnels, récite le rôle de fidèle serviteur du Premier ministre en désertant Cannes".
Par Laurent B..

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