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8 mile
Critique du film

Affiche miniature du film 8 mile Affiche du film 8 mile
 


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Ciné : 26 février 2003

Genre : Drame.
Nationalité : Américain

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Detroit rap city (9 / 10)

En cette année de disgrace 1995. Le rock est mort avec la fin du grunge, le nationalisme et le matérialisme sont toujours les valeurs premières de l'Amérique "battante et gagnante", la dépression des années 80 a laissé de profondes cicatrices à la culture et l'espoir des jeunes générations, qui libère sa rage dans le hip-hop qui explose. Exilée des télés et du névralgisme ambiant de la côte ouest, Detroit est au chomage, tombe en ruine, pue le mauvais alcool, l'herbe frelatée et les taudis où viennent s'entasser des camionneurs ou des chomeurs qui se pètent le crâne pour oublier leur condition et reviennent le soir dans leur caravane. Detroit subit  la fin de l'industrie mécanique et l'oubli du monde de sa présence. Puis Detroit renait dans les soirées hip-hop underground. La jeunesse suit le mouvement : elle boit, fume, parle de ses rêves mais ne fait rien pour sortir ses pieds de la fange ambiante.

Jimmy "Run Rabbit" Smith Jr est un petit blanc bec qui qui cumule les échecs amoureux et professionnels, et  qui revient chez sa mère vivant dans une caravane, incapable d'élever sa fille et vivant de sexe et de bingos, espérant décrocher le rêve américain dans ses tickets de hasard.  Jimmy a la tête un peu plus sur les épaules que ses potes et reste lucide sur sa condition, mais lui aussi est prisonnier de ce trou à rats. Son avenir, il espère le voir dans le rap qui explose en cette fin de siècle. Mais Jimmy a un énorme problème : il est blanc. Et à Detroit, les blancs et les noirs se tapent sur la figure à longeur de journée, et se délimitent leurs quartiers par cette ligne de l'esprit suivant une route : 8 mile. Pour Jimmy, franchir 8 Mile, c'est réussir à s'extraire du purin où il  patauge et espérer un biller pour s'en aller loin d'ici et refaire sa vie.

Malgré la crainte de voir arriver à l'époque un film qui glorifierait  Eminem dans une production calibrée pour les adolescents en manque de provocation, 8 mile est l'un de ses chefs d'oeuvres inattendus, dressant un véritable paysage d'époque des Etats Unis. Celui de sa face sombre et oubliée, des gens qui coulent sous les images brillantes du rêve américain qu'on met sur les panneaux publicitaires. 8 mile, c'est l'Amérique profonde et craignos, celle des villes froides et grises, des gens qui vient des vies minables sans avenir et qui sont tous des produits ou des victimes de ce way of life basé sur la lumière artificielle des néons du rêve américain, qui infiltre les cerveaux mais jamais les maisons. Il n'est certainement pas une bio officielle d'Eminem comme tout le monde aime à l'affirmer à tort et à travers. Eminem a lui même reconnu utilisé son propre parcours pour le perso de Rabbit, lui aussi vivant dans un taudis avec une mère alcoolo et ayant souffert d'un Detroit divisé communautairement et bouffé par les ronces et le chômage. Rabbit incarne Eminem, Future est l'image de son ami Proof tué en 2006 par un règlement de compte, assurément, le film est autobiographique. Mais pas seulement.

Eminem est saisissant pour son premier rôle au cinéma et il n'est pas nécessaire d'être fan de rap pour tomber sous le charme de ce film. Ce n'est pas non plus une carricature comme beaucoup de films ont tendance à faire sur le rap américain. Les acteurs secondaire, Brittany Murphy et Kim Basinger en tête, sont solides, la narration évite les écueils stylistiques pour aller droit au but tout en prenant le temps de restituer la ville à l'écran, en faisant un personnage à part avec ses paysages apocalyptiques iréels. La bande son est excellente :  le film se situant en 95, elle fourmille de tubes de la crème du rap d'époque. Les séquences de battle sont nerveuses, grainées, féroces et prennent aux tripes, et le film se conclue sur un commencement, très loin des affligeantes happy end niaises habituelles des films sur les carrières musicales. Oeuvre puissante et émouvante, 8 mile est avant tout un film réaliste sur la pauvreté américaine,  dont l'un des principaux espoirs des jeunes de s'en sortir est la musique.  Et il dépasse de très loin ce que l'on attendait de lui, imité de nombreuses fois (Hustle & flow, Get rich or die tryin, Notorious), mais jamais égalé. Une oeuvre immersive et passionnante, véritable chemin de vie qui le rapproche de films comme les Seigneurs de Dogtown pour la force de ses personnages et la fureur bouillonnante de leurs envies et de leurs espoirs.

Par Laurent B. le 11 mai 2010.

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