Critique du film Calculs meurtriers (6 / 10)
UN MEURTRE PARFAIT ...OU PRESQUE
- "On ne peut vivre pleinement sans accepter le suicide et le crime".
"Calculs meurtriers" débute sur de superbes images d'une maison abandonnée, d'une falaise et d'une mer déchaînée. Tumultueuses et énigmatiques, à l'image des trois personnages du film.
Sandra Bullock ("Speed" 1 et 2, "Traque sur Internet", "Demolition man", 'Les ensorceleuses") tient le rôle trop peu original d'un flic mystérieux et solitaire dont le passé resurgit inopinément. Trouvant pourtant probablement trouvé en Cassie Mayweather son meilleur rôle. (Mal?)-
Heureusement pour elle, l'actrice se fait largement voler la vedette par les deux jeunes acteurs avec elle à l'affiche. Ryan Gosling (Richard Haywood) est irréprochable dans le rôle du beau gosse psychotique qui cache bien son jeu. Sa prestation reste sans accros et parfaitement rythmé jusqu'à la dernière seconde de pellicule.
Les émotions de son personnage sont sincères et jouées admirablement.
Un réel travail d'acteur qui annonce un avenir prometteur.
Mais, sans conteste, la meilleure performance est à attribuer à Michael Pitt (Justin Pendleton) qui joue avec une authenticité et une intensité si forte qu'on se demande s'il s'agit vraiment d'un rôle de composition...
Son jeu et la chance d'avoir un personnage fort en émotions, sombre, intense et sensible à la fois, font de lui LE vrai premier rôle de "Calculs meurtriers". Un acteur, pour le moment encore trop peu connu, mais à découvrir d'urgence.
Ces deux comédiens chocs dans les rôles clés font passer sans difficulté Sandra Bullock au troisième plan et rendraient presque la présence de Ben Chaplin ("Les vestiges du jour", "Feast of July", "Birthday girl", "La ligne rouge") anecdotique.
Pitt et Gosling ensembles sont impressionnants, incarnant deux adolescents riches et intelligents qui souffrent du manque d'attention (et d'affection?) de leurs parents.
Agissant ainsi dans le but d'atteindre "la liberté, la vraie", ou peut-être simplement un besoin de reconnaissance.
Tout est là.
Le film entier tourne autour d'un manque de mobil. Schroeder dépeint, à travers ce que vivent Justin et Richard, bon nombre des problèmes profonds de la société actuelle, même si le tout n'est pas toujours évident au premier coup d'oeil : l'influence exercée sur des adolescents, ces derniers pensant pouvoir remplacer l'amour filial par l'argent.
Le scénario est bien mené de bout en bout, frôlant de près l'excès de rebondissements. La recherche des détails et l'investigation donnant au spectateur probablement autant de plaisir qu'à l'inspecteur lui-même.
L'histoire est malheureusement dépersonnalisée par le cas de Cassie.
Le personnage du flic solitaire, qui a un immmmmmmmeeennnnnnse secret, qui n'en parle pas mais meurt d'envie d'en être consolée, s'avère tout simplement pénible, sans originalité et d'une seule "utilité" : inventer un passé à l'inspecteur, qui sans ça ne pourrait apparemment pas travailler.
Un constat qui marque l'absence de nouvelles trouvailles scénaristiques : à l'instar d'Icabod Crane ("Sleepy Hollow" / mère morte assassinée, mal traité par son père), ou de l'inspecteur Abberline ("From Hell") qui se meurt de la perte de sa femme, un bon détective ne peut apparemment pas travailler s'il n'est pas torturé. Soit.
Mais ce manque d'imaginationest heureusement largement compensé par l'importante touche personnelle apposée par Schroeder à ce thriller aux inspirations Hitchcokiennes.
Mis en scène avec brio, "Calculs meurtriers" mérite de ne pas être considéré comme un vulgaire film d'action mais bien comme un thriller psychologique.
Tuer pour être libre ? Nietzsche aurait sûrement apprécié.
- Justine C@ssu
Par zoom-Cinema.fr le 5 June 2002.
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