Gainsbarre, l’homme à tête de chou (7 / 10)
Joann Sfar pour son tout premier film réussit un coup de maître. Bien sûr, il ne s'agit pas en regardant Gainsbourg, Vie héroïque, de dresser une biographie fidèle et complète du personnage, quant bienmême ce genre cinématographique serait à la mode en ce moment.
Le réalisateur le dit lui-même. Joann Sfar accomplit un rêve d'enfant et dresse un portrait de son idole tel qu'il le perçoit. Le mariage BD/cinéma est réussi avec brio, rendant le film féérique sans toutefois entrer dans trop de niaiseries. Juste ce qu'il faut pour accompagner les accords « jazzy » et la fumeée des gitanes. L'univers est planté. Gainsbourg dédoublé, avec sa « gueule » qui le suit, le hante, le dérange puis le dévore est le bonus du film. Sorte d'accompagnement perpétuel du « Requiem pour un con ».
Justement peut-être un peu trop au dépend de l'histoire. Si le début du film se déroule et s'enchaîne juste comme il faut, la fin manque un brin de développement. Le petit Serge devenu Gainsbarre, celui là-même qui fume des clopes juste après son infarctus, est brossé beaucoup trop vite. Ainsi Gainsbourg n'est plus vraiment Gainsbourg, rendant la fausse note du film-la caricature- d'autant plus dissonante. Les gitanes, les femmes (quoi que la prestation de Laetitia Casta en Brigitte Bardot est impressionnante de véracité), les je t'aime moi non plus, l'alcool, les excès d'humeur... Tous les stéréotypes sont réunis. Le Gainsbourg fantastique apparaît lui aussi comme une caricature de son maître : grand nez, grandes oreilles, clope au bec...
Mais finalement, le réalisateur n'en attendait pas moins. A l'instar de la chanson du même nom, Joann Sfar nous offre ici un film au goût de Comic Strip qui fait la part belle à l'imagination caressant le réel, seulement du bout des doigts.
Par Marion F. le 31 août 2010.
Onirisme et égarements (7 / 10)
Pour son premier film, Joann Sfar réussit un tout de force visuel tout en se perdant un peu dans son propos. S'il a un tant soit peu de sensibilité aux contes et au merveilleux, alors le spectateur s'émerveillera du visuel charmeur et inventif du film, qui propose une photographie belle à tomber et un mélange animation / BD rendant le film féérique sans qu'il devienne puéril. Pari réussi pour Sfar, on sent que le bonhomme est issu de la bande dessinée et que malgré ses débuts sur grand écran, il fait son travail consciencieusement, avec le sens du détail visuel.
En revanche, gros problème de narration très déstructurée, le film éludant la vie du rebelle au profit de l'artiste, et on passe de faits réels à des délires BD ou à des phases musicales "opera-rock" sans réel fil conducteur autre que les clichés les plus connus de l'homme à la tête de chou : les femmes, l'alcool, les gitanes et les tubes pop. Le contexte d'époque est fort bien rendu, mais on ne sait pas trop où Sfar veut appuyer son pied... bien qu'il prévienne explicitement que son film est une vision personnelle et un conte sur Gainsbourg, il demeure finalement un simple "hommage" aux facettes les plus connues du chanteur sans s'aventurer sur des zones plus risquées et plus intéressantes à étudier (la psychologie du Gainsbarre, éludée a la fin du film, son rapport à l'autorité et ce qu'il a représenté dans les bouleversements moraux de l'époque), sans parler de certaines scènes totalement passées àl a trappe : quid de Whitney Houston ou de l'épisode du billet ?
On se laisse porter dans une galerie plutôt répétitive au final, qui aligne les clichés les plus connus de Serge. Assurément de fort belle manière, mais le film aurait gagné à rentrer plus en profondeur dans la psyche du musicien, on sent que Sfar a peur d'égratigner son modèle, il tenterait presque par son film de le réhabiliter par la beauté plastique et poétique. Autre défaut avec le déséquilibre de l'angle, quelques longueurs qui font un peu traîner le film . Rien de pénalisant, mais un parti pris auquel il faut adhérer. Les acteurs sont béton (sauf un décevant Philippe Katerine jouant un Boris Vian plutot anecdotique), une musique réorchestrée par différents groupes et chantée par les acteurs qui collent fidèlement et avec justesse aux compos originelles.
Sfar livre un film personnel très personnel sur Gainsbourg sans jamais craindre la foudre des fans et du public, un bon point pour le réa, malgré un film qui se cherche encore et qui manque d'un intérêt autre que l'essai purement esthétique, et qu'il faut voir avant tout comme une histoire onirique et irréelle, prenant le personnage de Gainsbourg pour présenter ses scènettes. Avec un scénario et une mise en scène solides malgré les travers de la narration, c'est tout de même un sans-faute pour un "débutant" au cinéma.
Par Laurent B. le 28 avril 2010.
Je suis venu te dire que je m'en vais (7 / 10)
A l’heure où les biopics se multiplient, soulignons le joli parti-pris du jeune cinéaste Joan Sfar, qui prend quelques libertés avec la biographie de l'artiste. Sa démarche a le mérite de l’originalité, dans la même veine que celle de réalisée par Todd Haynes avec Bob Dylan (I’m not there).
Cette liberté prise avec la réalité permet de mieux saisir la vérité intime de l’artiste.
De scènes en scène, le réalisateur saisit le processus créatif, émaillé de provocations flamboyantes et de pulsions autodestructrices, au fil de scènes plutôt réussies.
Dans le rôle-titre Eric Elmosnino compose un Serge Gainsbourg impressionnant de vérité : ironie mordante, séduction, fragilité, élégance ou violence. Tout y est, sans frôler la caricature.
Seul regret : le défile des jeunes femmes qui ont influencé le chanteur, véritable défilé d'icônes parfois réduites à une célèbre tenue et un phrasé exagérément calqué sur l'original, notamment Brigitte Bardot exagérément campée par Laetitia Casta.
Par Hervé le 17 janvier 2010.
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