Quand Resnais nous raconte une Histoire... (9 / 10)
Hiroshima mon Amour est un de ces films qui ne laissent pas indifférent. Empreint d'une grande finesse, le chef-d'œuvre né de la collaboration d'Alain Resnais et de Marguerite Duras ne cesse de nous interroger : est-ce une histoire d'amour ou de haine ? Une histoire de guerre ou de paix entre les peuples ?
Hiroshima mon Amour est tout celà à la fois, ce n'est certainement pas le simple récit d'une passion qui éveille les souvenirs d'un amour avorté, destructeur. Ici, l'histoire des personnages ne sert qu'à l'Histoire, une Histoire qui souffre encore des erreurs commises par les Grands. La seconde Guerre Mondiale et Hiroshima se font ainsi écho à travers une poésie macabre, introduite par des corps décharnés, brûlés, relayés par des visages difformes et décomposés.
La souffrance et la mort se marient avec une telle perfection à la sensualité et l'amour, que chaque aspect de la vie humaine semble illustré dans cette fresque poignante : les emportements de la jeunesse, les souffrances de la maturité, le poids écrasant du passé...
Mais Hiroshima mon Amour est surtout une des plus belles productions cinématographiques de la Nouvelle Vague, où les dialogues se perdent mais se répètent inlassablement : "Tu n'as rien vu à Hiroshima". Car dans un monde où les images sont anesthésiées par leur surnombre, on ne peut plus rien voir. Il ne reste alors que la parole, et à l'image des films de Godard, seule la parole fait sens, malgré sa complexité.
Et c'est bien tout ce qu'il reste aux deux amants : la force de leur parole, garante de leur liberté et preuve de leur réalité.
Le film de Resnais est donc un formidable hymne à la liberté, qui prouve malgré tout que l'histoire collective détermine l'histoire de chacun...
Par Florence B. le 25 January 2010.
Soyez le premier à commenter ce film !