Critique du film Au nom d'Anna (9 / 10)
ANNA A TOUT PRIX
En seulement quelques films le comédien Edward Norton a prouvé son grand talent et la variété de son jeu, passant de la comédie musicale (Tout le monde dit I love you de Woody Allen) au film sulfureux ("Fight Club" aux côtés de Brad Pitt) avec un égal bonheur. Ses choix artistiques ambitieux lui ont déjà valu deux nominations de meilleur acteur et meilleur second rôle aux oscars. Après cette éblouissante carrière d'acteur, Norton ajoute une corde à son arc en se lançant dans la réalisation. Disons-le tout de suite: ce premier film est une pure merveille.Le réalisateur réussit à nous faire croire à une histoire impossible: les retrouvaillles de trois amis d'enfance, deux garçons et une fille (Anna) qui ne s'étaient pas revus depuis plus de 12 ans. Deux d'entre eux ont embrassé leur vocation respective: le rabbinat pour Jake, la prêtrise pour Brian. Anna passe quand à elle le plus clair de son temps dans sa bulle de verre: un vrai bourreau de travail. Naturelle, rayonnante, elle fait naturellement chavirer les coeurs de nos deux héros lors de son retour parmi eux. Mais les deux religieux sont eux aussi accaparés par leur tâche. Norton exacerbe la tolérance entre les religions tout en stigmatisant les problèmes internes de ces dernières. La religion tient d'ailleurs une place de choix dans ce film. Le sacré prend une toute autre envergure sous les effets de la modernité. Une véritable religion-spectacle, où Brian et Jake réalisent tous deux leur one-man-show. Un parti-pris qui secoue ceux qui veulent perpétuer la tradition: le choc des générations semble inévitable. Les deux héros ont l'intelligence de ne pas rester ancrés aux vieux dogmes, de transgresser les interdits des microcosmes juif et catholique. De ce point de vue, Norton réalise une réflexion très intéressante sur l'évolution inéductable du culte. Le compromis entre modernisation et tradition se reflète dans la bande-originale, qui concilie titres anciens et tubes récents ( le "Smooth" de Santana). Et New-York, en toile de fond, correspond parfaitement à cette merveilleuse histoire: une ville pluriethnique, pluriconfessionnelle, composée d'individualités contrastées: le décor parfait pour un tel sujet.
Enfin, on retrouve dans Au nom d'Anna tous les ingrédients qui ont fait le succès de comédies romantiques comme Coup de foudre à Notting Hill. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le film de Norton comporte beaucoup de points communs avec celui de Roger Michell : l'héroïne porte le même prénom (Anna "Reilly" et "Scott" dans Notting Hill), une galerie de personnages secondaires très bien écrits (le barman irlandais, les prétendantes de Jake), des situations non-envisageables dans la réalité (un prêtre et un rabbin amoureux d'une même fille). Sans oublier un net goût pour le comique de situation. L'humour d'ailleurs fait toujours contrepoids aux situations embarrassantes. Le tout dégage un sentiment d'euphorie très agréable. On savait qu'Edward Norton était un des acteurs les plus doués de sa génération: avec Au nom d'Anna, il réalise une divine comédie romantique et devient un cinéaste promis à un bel avenir. Norton, béni des dieux ?
Par zoom-Cinema.fr le 11 octobre 2000.


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