Pour une poignée de dollars (9 / 10)
Un film dont la bande annonce laissait à l'époque penser à une comédie se passant durant la première Guerre d'Irak et qui au final est beaucoup plus ambigu et retors, à mi chemin entre un parcours de bande dessinée effrénée, une comédie qui tire à feu nourri sur la bienséance du blockbuster et des héros, et un film glauque et un peu utopiste.
Mars 1991. La guerre du Golfe est finie. Quatre G.I montent en secret une expédition éclair pour "récupérer" l'or volé par Saddam au Koweit, planqué dans un bunker en plein désert irakien. Les dix premières minutes du film sont prétexte à un condensé du cliché de la guerre telle que l'a vendue l'Armée américaine. "Le pays de la Liberté libère le Koweit du méchant Saddam". Dix minutes de répit pour l'oncle Sam. Car ensuite, David O' Russell dynamite méthodiquement ce mythe, en jouant intelligemment sur le contraste entre ces personnages stéréotypés dans leur comportement (Clooney en vieux loubard désabusé au milieu de jeunes premiers) et le scénario complétement décalé. Sur une amorce de film d'aventure, on suit en fait une peinture au vitriol de la guerre du Golfe et plus largement du traitement médiatique de l'opération Desert Storm. Pas de glorification des boys, pas de patriotisme ou encore d'idéalisme. Le ton est mordant (Clooney encore, son personnage d'enfoiré placide et ses hilarantes et surnaturelles perquisitions "au nom des Etats Unis d'Amérique qui ont latté Saddam et instauré la paix"), la satire est politiquement engagée. 500000 soldats déployés et peu de combats. Le scénario taille en pièce l'armée, les politiques, les médias, sans oublier de montrer l'horreur brute que la télé ne filme pas, avec gros plans appuyés sur un cadavre ou plans chirurgicaux internes impressionnants, et la cruauté des soldats irakiens qui peuvent continuer à dézinguer la population civile en toute quiétude tant qu'ils ne sont pas sur les routes et devant les chenilles des blindés américains.
Cette chasse au trésor relève de la BD. Seuls comptent les incidents de parcours, zigzags et télescopages. Le chaos semble être l'élément naturel de David O. Russell. Il manipule avec un égal brio le gag de cartoon (la tête de vache ou la négociation des voitures) et l'image hallucinatoire (la panique d'hommes et de femmes piégés par un nuage de gaz lacrymogène). Avec lui, l'absurde devient vraisemblable alorsq qu'un salubre mauvais esprit souffle souvent sur ce film brillant, tordu, roublard à l'occasion, bourré d'une énergie explosive et à la fin qui conclue utopiquement sans virer dans le niais. Les acteurs sont épatants, entre un Clooney royal qui sort de Urgences, et un Ice Cube encore une fois étonnant (bien que largement moins bon que dans Higher Learning), Mark Wahlberg et Spike Jonze quant à eux sont parfaits. Et Saïd Taghmaoui tient ici un rôle surprenant, celui d'un jeune endoctriné de l'armée de Saddam qui confirme avec son talent aperçu dans La Haine et pourri par son rôle dans l'affligeant Gamer.
Les Rois du Désert est avec surprise l'un des meilleur film traitant de la guerre sous un angle nouveau, mordant et effronté, qui n'est pas sans avoir inspiré quelques autres belles réussites sur le sujet, notamment le Jarhead de Sam Mendes qui ne peut que renvoyer sa paternité à ce brillant et chaotique parcours sous le soleil d'Irak, ne fut ce que dans le fond plutôt que dans la forme bien différente.
Par Laurent B. le 11 mai 2010.


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