Critique du film Sexe, mensonges et vidéo (6 / 10)
INDISCRETIONS
Tourné en Louisiane à Bâton Rouge, Sexe, mensonge et vidéo fut la révélation du festival de Cannes en 1989. Le jury, présidé à l'époque par Wim Wenders, lui décerna même une double récompense : une Palme d'or controversée et un prix d'interprétation masculine pour James Spader. Budget modeste, acteurs quasi-débutants, le film est une peinture ironique et acide du mode de vie contemporain, dominé par la libération sexuelle et culte des nouvelles technologies. Steven Soderbergh propose un tableau de murs d'une Amérique réduite aux trois éléments du titre : une civilisation qui ne croit qu'en ses propres mensonges, avide de sexe et dont le plaisir ultime est de se contempler en vidéo.Le jeune réalisateur sous un style branché et moderne, qui donne l'illusion du neuf, tend un miroir à un pays où les personnes ont peur de s'extérioriser. Et s'il existe une part de voyeurisme dans cette histoire, le film n'est pourtant pas équivoque, bien au contraire : ces chassés-croisés autour d'un magnétoscope laissent place à l'émotion. Sexe, mensonges et vidéo est à ce titre une belle leçon de morale appliquée, en tout point révélatrice des phobies de l'Amérique profonde et de son désir d'une communauté idéalisée, purifiée de ses miasmes. Habile, Steven Soderbergh, qui connaît ses classiques (de Lubitsch à Cukor), n'a en quelque sorte qu'actualisé la dramaturgie et la trame de ses maîtres. Et a prouvé avec ses films suivants (une biographie sur Kafka en 1991 et King of the Hill en 1993, une plongée au coeur de la grande Dépression) toute l'étendue de son registre.
Par zoom-Cinema.fr le 4 octobre 1989.


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