La peur du vide (10 / 10)
Silent Hill est le miracle que l'on attendant dans les portages cinématographiques des univers de jeux vidéos. Christophe Gans se met à dos à la fois les fans acharnés de l'oeuvre (qu'il ne "respecte pas") et les spectateurs attendant un Resident evil -like carnassier. Mais qu'importe, Gans est un vrai fan, passionné et impliqué. Son film est une pierre de plus à l'édifice Silent Hill, reprenant le contenu des jeux vidéos pour proposer une nouvelle histoire, un autre cheminement dans la ville fantôme. Des monstres qui apparaissent rarement, ce qui est bien meilleur, pour la tension, pour leur design extrêmement travaillé, pour ce que Gans veut dire, pour la peur... Une peur qui n'en est pas une d'ailleurs : une peur qui fascine, rendant hommage à l'ambiance du jeu. Les apparitions de Pyramid Head sont divines, malsaines, et demeurent imprimées dans la rétine du spectateur.
Certes, le scénario s'avère tout d'abord direct, brut, malin, avant de devenir laborieux et terriblement volubile. Chaque fois que Radha Mitchell ouvre la bouche, elle ne colle plus du tout à son image de survivante, miroir humain des horreurs qui l'entourent. Le jeu des acteurs est parfois caricatural mais l'ensemble fonctionne quand même bien et ceux qui ne connaissaient pas Silent Hill à travers le jeu vidéo trouveront ici un film efficace, plus macabre et immersif que réellement gore et flippant mais magnifiquement réalisé (un mauvais point cependant pour l'affiche finale, hors de propos). Et c'est le déclenchement de la fameuse sirène qui marque le passage au troisième niveau de lecture, le plus intéressant, le plus réussi. Alors que le ciel s'obscurcit, que les héroïnes paniquent, le spectateur se frotte déjà les mains. Car il faut admettre que le film bascule immédiatement dans des représentations horrifiques puissantes. Christophe Gans peint avec sa caméra de véritables tableaux vivants des cercles de l'Enfer de Dante. De ce point de vue, les assauts soudains et violents des monstres sont des claques mémorables.
Au-delà des effets numériques bluffants, d'une absence de concessions, c'est enfin le travail sur le son et la musique qui fait toute la différence. Équivalent du Dual shock (la manette à retour de force de la Playstation), les sonorités organiques, les basses sourdes et un sifflement à peine perceptible mais continuel participent à faire de cette poignée de scènes de vraies expériences (expérimentations ?) sensorielles. Quant à la grande question, est-ce que Silent Hill fait-il peur ? La réponse est sans conteste, et malheureusement, non. Par contre, il impressionne.
Par Laurent B. le 18 mai 2010.


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