Théorie du chaos pour clip expérimental (2 / 10)
Quand le réalisateur de l'halluciné Donnie Darko prévoit de faire un film inspiré de Philip K.Dick, on ne peut qu'espérer un nouveau coup de poing artistique à l'encontre de tous les standards. Mais Southland Tales est un ratage total. Si le film propose un univers visuellement novateur et se permet quelques scènes comiques grâce à un montage ultra désaxé, on se perd dans les innombrables symboliques un peu lourdement mis en place, sans que le spectateur lambda ne puisse toutes les saisir sur le coup, lourd défaut qui emmène le film dans un mur contrairement aux références immédiatement compréhensibles d'un Matrix ou d'un Avalon.
Si le film propose un parti pris intéressant, il s'efface cependant dans un foutoir organisé qui se transforme en ratage conceptuel logique. Que reste-t-il au film de Kelly ? De belles images et de belles scènes, des dialogues enchaînant le pompeux romain, la poésie anglaise baroque, la bible, Mein Kampf et Elisabeth Taylor, une histoire intéressante dans la mesure ou elle ressemble à un épisode de la Quatrième Dimension mais que le cinéaste n'arrive pas à finir et à laquelle il met un terme par une pirouette finale incompréhensible. Des néo marxistes adeptes d'Apple, une star du porno au QI hyper développé et qui est la réponse providentielle à nos questionnement métaphysiques, stop. Trop de trucs mis en vrac pour vouloir surblinder le film, Richard Kelly finit par larguer le spectateur qui se perd dans des scènes n'ayant plus beaucoup de lien entre elle. On peut lui trouver toutes les excuses du monde, ça ne suffirait pas. On voit clairement que Kelly a été beaucoup trop ambitieux sur ce projet, et que même si les enjeux narratifs sont bel et bien présents, il s'est vite rendu compte qu'il ne pourrait pas les attendre.
Il est compréhensible que par son visuel anticipatif, pour certains Southland Tales reste un bon film, assez visionnaire, mais il n'est très loin du chef d'oeuvre SF que l'on attendait. Le premier réalisateur capable d'aligner trois plans sur une musique de Moby avec un scénario écrit sous acide peut se prendre pour le nouveau Fincher dans ce cas. Southland Tales est trop de tout, ou plutôt pas assez de fond. Au delà d'un montage expérimental qui laisse le spectateur passif, les personnages n'ont aucune valeur, les messages sont effleurés, le tout manque d'impact et d'envergure. Kelly semble avoir mal transcri ce qu'il avait dans la tête, et même si à force d'analyses on peut aller dans son sens, Southland Tales ne reste de la mauvaise communication.
Par Laurent B. le 30 avril 2010.


Soyez le premier à commenter ce film !