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Tête de Turc
Secrets de tournage

Affiche miniature du film Tête de Turc Affiche du film Tête de Turc
 


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Ciné : 31 mars 2010

Genre : Policier.
Nationalité : Français

Interview de Pascal Elbé pour Tête de turc.

Interview de Pascal Elbé pour Tête de turc.

Pascal Elbé est venu nous parler du premier film qu'il réalise, Tête de turc.

Zoom-cinema.fr : Qu'est ce qui vous a donné envie de réaliser Tête de turc ? Que voulez-vous y montrer ?

Pascal Elbé (P.E.) : En fait,  je suis partie d'un fait divers de 2006. Celui de Mama Galledou, que des jeunes ont brulé vive, sans vraiment savoir ce qu'ils faisaient et les conséquences que ça aurait pour tout le monde. C'est ça que je voulais montrer. Cette onde de choc qui se répercute sur chaque être qui constitue une communauté. On est tous lié par une tâche commune. Si l'un d'entre nous s'effondre, les conséquences peuvent toucher beaucoup de monde. C'est cet effet papillon qui m'intéresse. Et c'est pour ça que le personnage du veuf est présent. Il n'apporte pas grand-chose d'autre, il fait partie de l'onde de choc, c'est tout.

Ensuite, avec cette idée de départ, j'ai essayé de faire un film à hauteur d'Hommes. Je voulais être au plus près des sentiments. Bien loin de cette stigmatisation permanente qu'on doit subir aujourd'hui sur les cités.

zC : Pourquoi avoir fait tant d'ellipses dans la narration ?

P.E. : Les nouvelles générations ont une culture de l'image. Les spectateurs de maintenant sont habitués à cette culture et comprennent donc très vite ce qu'on veut faire passer par une image. Ce n'est pas la peine d'en rajouter ! Et puis j'aime procéder par étapes. J'aime quand le spectateur se demande pendant une fraction de seconde pourquoi on voit telle image, puis qu'il finit par se dire « Ah c'est ça ! », ça le fait participer.

zC : L'absence du père est très importante dans le film, pourquoi ?

P.E. : Ce n'est pas une idée qui m'est venue comme ça. Je me suis beaucoup promené dans les cités pour faire Tête de turc et j'y ai croisé énormément de femmes seules pour élever leurs enfants. Pour une fois, on remet l'homme à sa place, ce n'est pas une figure écrasante comme bien souvent dans les films qui parlent de la famille. Et puis avec cette absence du père, on comprend mieux la relation de provocation qu'ont les jeunes avec la police. Ils ont juste besoin de se confronter à quelqu'un.

En plus, l'absence du père renforce la présence de la mère. Dans ces communautés, la figure de la mère est très importante, alors j'en ai profité.

zC : Justement parlons de ces communautés. Vous avez choisi des Turcs et des Arméniens, pourquoi ?

P.E. : Ce sont des identités fortes plus ou moins bien intégrées. J'ai choisi la communauté arménienne pour Atom et Simon parce que c'est une communauté qui a réussi à s'intégrer. Ils ont donc des mots plutôt durs pour les autres communautés qui s'intègrent moins facilement. Et puis surtout, ces origines différentes habillent mes personnages. C'est ce qui fait la vie, le quotidien. C'est aussi pour cela que Bora est malentendant d'une oreille. Ça n'apporte rien, ça habille juste le personnage.

zC : Le personnage du médecin n'est jamais en colère contre son agresseur. Il semble prêcher le pardon. C'est une morale ?

P.E. : Non mon but n'est pas du tout de faire une leçon de morale. J'ai rencontré un pompier qui est tombé dans une embuscade dans une cité alors qu'il venait sauver des vies. Mais il a pardonné. Je pense que quand on est victime de ce genre de choses, on préfère se raccrocher à sa planche de salut c'est-à-dire celui qui nous sauve la vie plutôt que celui qui nous blesse. C'est important de dire « je m'en suis sorti ». Pas forcément par compassion, juste pour se sauver soi-même, passer à autre chose. Et puis, la réaction n'est pas d'un bloc. Il peut pardonner maintenant et passer dans une phase de colère dans 10 ans, rien n'est définitif.

zC : Comment avez-vous choisi votre casting ? Vous pensiez déjà à vos acteurs en écrivant le scénario ?

P.E. : Non surtout pas ! Quand on écrit pour un acteur en particulier, c'est le meilleur moyen de ne pas l'avoir parce que ça lui fait peur. Même pour moi ! Je ne me suis pas dit en écrivant le scénario « C'est moi qui jouerai le médecin ». Non, ça s'est décidé progressivement. Je n'ai pas besoin de visualiser mes personnages à l'avance.

Une fois le scénario fini, j'ai fait un casting sauvage pour les jeunes. Je ne voulais pas des acteurs connus pour incarner les gamins. Mais du coup, il y a un vrai travail de mise en confiance et d'écoute avec ces jeunes qui ne sont pas habitués aux tournages. C'était un bonheur de travailler avec eux.

zC : Et comment passe-t-on d'acteur et scénariste à réalisateur ?

P.E. : On devient fou ! Ce film m'a totalement obsédé pendant toute la durée du tournage et même après ! Et puis, on sert d'exemple. J'ai passé les six semaines de tournage debout. Droit face à la tempête pour ne pas montrer à l'équipe que j'étais fatigué et donc qu'eux aussi avaient le droit d'être fatigués. Mais réaliser un film apporte en même temps beaucoup plus de satisfaction qu'être seulement acteur. En étant réalisateur sur un tournage, on est un peu flic, un peu directeur de centre aéré s'il y a des enfants, un peu tout à la fois ! Je prends énormément de plaisir à jouer mais c'est autre chose de réaliser. On est là tôt le matin avec toute l'équipe, tous les jours, tard le soir. On est là tout le temps.

zC : Tout cet enthousiasme veut dire que vous allez en réaliser un autre ?

P.E. : Un ? Pourquoi un ? Non je vais en réaliser plein d'autres ! J'ai déjà beaucoup d'idées, j'ai 4 ou 5 films à faire là ! De toute façon, même si Tête de turc ne marche pas, j'en ferai au moins un autre, oui.

Par Diane T. le 4 mars 2010.

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