Critique du film Traffic (8 / 10)
L'HEURE HASH
Après s'être attaqué aux multinationales avec Erin Brockovich, Steven Soderbergh démonte le circuit de la drogue du premier maillon (le cartel mexicain) aux consommateurs ( les jeunes WASP) sans occulter ceux qui la combattent, en vivent ou en meurent. Une sorte de kaléidoscope, où plusieurs histoires s'intercalent, se croisent, se frôlent. En racontant trois histoires en parallèle, le réalisateur de "Sexe, Mensonge et vidéo" n'a guère choisi la facilité. Mais à la complexité d'un récit Tarantinesque, Steven Soderbergh substitue un scénario épuré et une mise en scène elliptique.Pas besoin de générique (un simple "Traffic" en bas à gauche de l'écran), ni d'introduction préalable. En donnant à chaque lieu une tonalité unique, Steven Soderbergh évite les écueils. Le travail sur la lumière, superbe, facilite l'immersion du spectateur dans le réçit: bluffant de virtuosité, prodigieux de simplicité. Les histoires se connectent préservant une vision globale du problème. Toute la hiérarchie du système devient limpide. Entre le bleu polaire, l'ambiance froide de Washington et le jaune saturé du Mexique, le spectateur, omniscient, vit le problème de la drogue de l'intérieur. Baladé mais jamais égaré. Et la musique, omniprésente, participe elle aussi à l'action. Par intermittence, elle joue sur les réverbérations jusqu'à devenir oppressante. Un bruit sourd, comme après une prise de drogue. La psychologie des personnages, en demi-teinte, la justesse de l'interprétation, viennent parfaire le tout : Michael Douglas en lutte contre un fléau qui ravage son pays mais aussi des membres de sa famille. Benicio Del Toro, policier intègre dans un pays oû la drogue gangrène toute l'économie, la société jusqu'à l'état lui-même. Catherine Zeta-Jones tiraillée entre son instinct maternel et son mari emprisonné. Mieux encore : sans jamais exhiber les produits illicites, Steven Soderbergh aborde tous les problèmes : démentèlement, répression, prévention, coercition, dépendance. A défaut de délivrer l'ultime témoignage, le cinéaste en totale connexion avec son époque, apporte une pierre angulaire sur un sujet délicat.
Un film passionnant, à mi-chemin entre documentaire et fiction. Une véritable synthèse sur le problème de la drogue. Ici on ne trouvera pas de bon, ou de méchants, de happy end ou de solution facile : si la solution existe, elle ne peut être que globale.
Par zoom-Cinema.fr le 7 mars 2001.

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