Critique du film Broken Flowers (9 / 10)
PASSE, PRESENT, FUTUR
Après Lost In Translation, le spectateur retrouve Bill Murray dans un rôle quasi-similaire à celui du film de Sophia Coppola. Même dégaine, même air perdu, même mélancolie. Un homme tourneboulé entre son passé, son présent et son futur. Le metteur en scène maîtrise merveilleusement son art, offrant une palette d'images bariolées sur une bande originale raffinée. Et sous la houlette de la caméra élégante de Jim Jarmush, Bill Murray nous trouble par la finesse de son jeu, nous baladant du rire à l'émotion. Sans fioritures, il rend son personnage attachant en laissant effleurer des émotions enfouies. Si Benoît Poelvoorde est passé maître dans la représentation de la connerie humaine, Bill Murray est devenu de film en films le maître absolu de la mélancolie contenue. Une émotion qui lui sied tant q'il se balade dans un jeu d'acteur minimal pour en délivrer la quintessence. Ce droppy incarné n'a pas besoin au fond de déployer des effets inutiles pour nous plonger dans sa tristesse infinie, à l'image de ce plan fixe et magique à la fois, où le temps se suspend, sans un mot, sur fond d'un morceau éthéré de Marvin Gaye. Le spectateur se surprend alors à rester bouche bée, comme devant un tableau. Vertigineux. On peut aisément comprendre ce qui a séduit Bill Murray dans le rôle de Don : une symétrie quasi-parfaite avec celui de Bob Harris dans Lost In Translation. Une similitude même troublante entre les deux personnages... Un passé prestigieux mais avec lequel ils ont fait table rase (d'acteur, d'informaticien). Un présent où ils se sentent mal à l'aise mais où ils peuvent s'affranchir des contraintes financières (par la pub pour l'un, par les rentes pour l'autre). Un futur qui ne les fait pas vibrer, jusqu'à la rencontre avec l'amour. Aux côtés de l'acteur, des comédiennes exceptionnelles. En tête Sharon Stone et son baiser si délicat. Broken Flowers, long-métrage aux effluves délicates, n'a donc pas donc son Grand Prix du Jury au festival de cannes 2005 et aurait même mérité la Palme d'or.
Par zoom-Cinema.fr le 7 septembre 2005.


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