Secret de tournage du film Ceux qui restent
Ceux qui restent, premier film d’Anne Le Ny (Ma petite entreprise, Se souvenir des belles choses, Le goût des autres).
Ceux qui restent,
demeure le premier film d’Anne Le Ny une comédienne souvent cantonnée
au seconds rôles : Ma petite entreprise (avec Vincent Lindon), Se souvenir des belles choses ou encore Le goût des autres.
La jeune cinéaste dirige un couple de comédiens, Vincent Lindon (Chaos) et Emmanuelle Devos (Rois et Reines) qui s’étaient déjà donné la réplique par le passé dans La Moustache d’Emmanuel Carrère également sorti en plein été.
La cinéaste explique sa démarche et ses influences pour Ceux qui restent
Anne Le Ny, réalisatrice de Ceux qui restent :
"J’aime beaucoup le film de David Lean Brève Rencontre. De manière
purement théorique, je me suis souvent demandé : qu’est-ce qui ferait
qu’aujourd’hui, vue l’évolution des mœurs, une histoire d’amour comme
celle-là serait toujours impossible ? En excluant bien sûr les
circonstances historiques exceptionnelles du type « il est Bosniaque,
elle est Croate...» car c’est la modestie de l’histoire qui me plaît le
plus dans ce film : des gens mariés, ordinaires, qui vivent un
quotidien ordinaire.
La passion leur tombe dessus et pour eux, ça n’a
rien de romantique : c’est une catastrophe qui va ravager leur vie. En
voyant le film d’un ami j’ai pensé à la maladie comme réelle
impossibilité morale au fait de tomber amoureux. Quels que soient les
principes éthiques de chacun, tout le monde devrait tomber d’accord sur
le fait que c’est un peu compliqué de quitter sa femme si elle est en
pleine chimiothérapie, non ?
Et puis j’avais envie de parler des «dommages collatéraux», de ceux qui
vivent la maladie en seconde ligne, en accompagnant quelqu’un qui
souffre. Bien sûr, ce ne sont pas eux les «combattants», mais c’est une
position difficile avec son lot de culpabilité, d’épuisement, de peur
constante. À partir d’un certain âge, presque tout le monde a connu
cela avec un proche, mais on ose rarement parler de cette épreuve-là :
comme si on se sentait honteux d’être en bonne santé. C’est parler de
la maladie en n’étant pas du côté des héros - les malades ou les
médecins - qui m’intéressait."
Un soin tout particulier accordé à l’introduction de Ceux qui restent…
Un soin tout particulier a été accordé à l’introduction de Ceux qui restent…
Anne Le Ny, réalisatrice de Ceux qui restent
"Le commencement d’un film est toujours une grande question. Ici, je
voulais que, dès le départ, on soit profil bas, modeste. Ouvrir par un
plan de mains qui posent des objets sur une table, c’est rentrer tout
de suite dans le concret des choses. Et des choses qui racontent. On
peut en effet déduire de cette séquence muette un certain nombre
d’indications sur Bertrand, que je n’aurai plus à livrer ensuite. Il y
a deux couverts, donc mon personnage ne vit pas seul. Il mange des
surgelés, il n’a pas le temps de cuisiner. Il y a quand même un citron
frais, il ne se laisse pas aller non plus. Enfin il boit du vin le midi
et il a l’habitude de lire à table bien qu’il ne mange pas tout seul.
Selon le même principe, le générique se déroule sur le temps du trajet
que Bertrand doit faire pour rejoindre l’hôpital. Tout ceci pour poser
à quel point il est contraignant et pénible de prendre plusieurs fois
par jour, le RER, puis le bus... Ce trajet étant identifié dans sa
totalité, je peux ensuite ne le réutiliser que par bribes, seulement
quand j’ai besoin de cette respiration".
H.T
Par zoom-Cinema.fr le 29 août 2007.


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