Le gang des camés (7 / 10)
Le film qui a révélé Gus Van Sant, très loin de ses "autisteries artistiques" récentes. Drugstore Cowboys est un film très noir, à la réalisation ancrée dans son époque. Sombre et hagard, son visionnage rappelle fortement Requiem for a dream (dans le comportement des personnages) et Basket ball diaries (pour la noirceur et le coté sale de la rue et de l'époque).
Gus Van Sant réalise un long-métrage entre road movie, objet expérimental et vision documentaire. Un trés bon film malgré quelques ambiguitës. Tout a l'air trop facile, trop prévisible. Une philosophie assez étrange dans le fond car c'est à partir du moment ou Bob arrête la dope que sa vie dégringole, même si elle tend à retranscrire le désespoir et le temps "étiré" du junkie qui décroche et pour qui les jours paraissent mornes et sans fin. Drugstore cowboys est un film qui pourrait s'inscrire dans une place précise dans la grande tradition des films de junkies. Les scènes tournée avec la petite caméra au générique, les hallucinations qui serviront à Aronofsky... Matt Dillon crève l'écran en éphèbe-junkie, les rushes en pharmacie montrent l'étonnante inventivité des camés mais aussi les extrémités vers lesquelles leur manque les pousse. La fin des années 80 se ressent sur la pellicule mais le climat cradingue de la drogue qui envahit les rues à la fin des seventies et marque la mort du règne hippie est assez bien retranscrit. Les images participent à la saleté de l'ambiance, un peu délavée, des cadrages qui "organisent" la confusion dans laquelle vivent les personnages.
C'est aussi un véritable film, comparé aux récents essais artistiques de Van Sant : ici on retrouve les prémisces de ses expériences visuelles mais encore encadrés par de véritables dialogues et une narration plus ou moins fluide, le rendant peut être plus accessible que ses dernières productions. Le sujet principal n'est pas vraiment la drogue mais plutôt l'histoire d'un pauvre camé qui ne trouvera jamais la paix. Dillon en fait un héros fascinant quand il se détruit et sublime quand il tente de prendre ses responsabilités. A noter une étonnante apparition de William S. Burroughs dans le film. La musique et la photographie, deux éléments importants chez Van Sant, ne sont pas encore parfaites, mais s'en tirent honorablement. Et pour l'époque, le film est lumineux, tant il préfigure les suiveurs que sont Basket ball diaries, Trainspotting et Requiem for a dream. Assurément maladroit et temporel dans son époque, mais bien fichu, et incroyablement sombre et lucide.
Par Laurent B. le 5 mai 2010.


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