Indy au pays des playmobils (3 / 10)
George Lucas et Steven Spielberg se ficheraient-ils du monde ? Ce 4e Indy était attendu par tous les fans de l'homme au chapeau et au fouet avec espoir, et force est de constater que ce reboot de la saga constitue une faute impardonnable, vis à vis de la légende cinématographique que représente la trilogie originelle.
Le royaume du crâne de cristal est une production scandaleusement expédiée, destinée à rameuter les amateurs de démos graphiques à la Michael Bay devant ses écrans, au détriment d'un véritable respect des codes de la saga qui ont fait sa renommée. La première chose qui frappe, c'est l'image : qu'est ce qu'ils ont fait fumer aux gars de la post prod ? Tout le film est saturé d'un bloom façon jeu vidéo qui plastifie tous les décors et enveloppe le film d'un halo baveux et fluorescent faisant pleurer les yeux du spectateur : quel est l'intérêt de ce post-traitement inutile et moche ? Si le but était d'accentuer le côté "archive" de la pellicule pour mieux retranscrire les années 50, c'est complètement raté. Sans parler des effets spéciaux catastrophiques qui vont avec. Indy 4 ressemble à un mauvais téléfilm à petit budget tant son visuel est une horreur sans nom qui balaie le charisme désuet des trois autres films et leur classitude sobre des paysages dans grandioses dans lesquels voyageait l'explorateur. Le scénario ne rattrape rien, décousu de bout en bout, affligeant de classicisme et de prévision, et même si l'on prend partis pour le concept extra-terrestre (après tout pourquoi pas, nous sommes dans un Indiana Jones !), cela ne suffit pas à masquer l'ennui de scènes recyclées et cousues de longueurs épuisantes. On aimait Indiana Jones pour ses scènes d'action périlleuses et ses tranches de bravoure par douzaine : loin des fans l'idée qu'un film de la saga prenne un ton réaliste, bien au contraire. Mais Indy 4 n'a même pas assez d'actions et de cascades pour occuper le spectateur, la palme revenant à la quasi inutilité du légendaire fouet d'Indy ! Le film se traîne dans de fausses scènes de bravoure qui ne dégagent rien, et se conclue molassement en laissant clairement entendre que pour laisser Ford à sa retraite, d'autres films sortiront avec LaBeouf comme successeur, histoire de gratter un peu les fonds de tiroirs de la licence.
Adieu scénario, adieu crédibilité, adieu scènes d'action... qui a écrit le script sérieusement ? La soucoupe volante est une horreur, mieux vaut ne même pas parler du frigo anti-nucléaire, et les courses-poursuites recyclent nostalgiquement celles des précédents opus mais n'apporte rien et ne provoquent même pas le tressaillement du spectateur qui n'a peur à aucune seconde pour la peau de l'explorateur. Reste un fils qu'Indiana découvre, ça lui fait ni chaud ni froid, le comble quand on se dit que l'humour du film va jouer sur la dualité des deux caractères et les retrouvailles avec Marion. Même pas : Shia LaBeouf est un rebelle qui obéit docilement à Indy sans trop poser de questions, et Karen Allen exaspère plus qu'autre chose à chaque fois qu'elle apparaît à l'écran. Harrison Ford tente de s'en sortir en cabotinant comme il peut, sans réussir à cacher qu'un Indiana vieillissant n'est plus dans la course, et on se demande ce que vient faire Cate Blanchett dans ce film, ridiculisée par son personnage de pin-up ruskoff frigide, caricaturée exprès mais pas drôle quand même.
Non non et non. Ce film est même pas un produit grand consommation, c'est un ratage. Des filtres donnant le tournis, un scénario traité n'importe comment, la récupération arriviste de tout ce que l'on s'attendait de l'univers des films et du caractère des protagonistes, l'absence d'un véritable final épique comme dans tout bon Indy qui se respecte, et des clichés à la pelle : Le royaume du crâne de cristal est un film pénible et une énorme déception, et l'on regrette que les deux copains cinéastes barbus aient osé le sortir, portant un coup sévère à l'immaculée renommée de la saga. Si les Indiana Jones sont des diamants bruts du film d'aventure, Indy 4 est une piètre contrefaçon à base de plastique coloré et d'un montage en toc, un véritable gâchis qui n'aura pas démérité ses deux Razzie awards glanés en 2009.
Par Laurent B. le 6 mai 2010.

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