Critique du film K-19, le piège des profondeurs (7 / 10)
Y A-T-IL UN COMMANDANT POUR SAUVER LE PARTI ?
Le cinéma est décidément un
art fascinant. Le " film de sous-marin " est, a priori, le genre de? genre qui finirait
naturellement par tourner en rond au bout de quelques scénarios.
Mais à Hollywood,
certains producteurs doivent apprécier ce type de challenge qui consiste à faire d'un vieux pot
une meilleure soupe, quitte à reprendre toujours le même contenant formel. En l'occurrence, la
réalisatrice musclée Kathryn Bigelow s'est faite la périlleuse productrice d'un film qui
n'aura pas émergé au box-office ricain. Ce qui n'est pas une raison pour ne pas chercher (et
trouver) quelques qualités à son film.
Bigelow apporte à un plat classique des
ingrédients un peu plus pimentés qu'à l'accoutumé, à commencer par elle-même. Que ce soit dans
les scènes d'action, parfois étourdissantes de virtuosité et de tensions maîtrisées, ou dans les
duels psychologiques entre officiers (mention spéciale à Ford et Neeson, sérieux comme une crise
cardiaque), la donzelle montre qu'en terme de mise en scène, elle n'a de leçon à recevoir de
pas grand monde.
Deuxième élément suffisamment rare pour le genre : la narration de
K-19 ne suit que le point de vue des Soviétiques et jamais celui de l'ennemi américain (à ce
propos, merci aux doubleurs de nous avoir épargnés l'accent russe non-stop). Pourtant, la
tentation d'en ajouter une couche dans le patriotisme grotesque (Pearl Harbor, ça vous rappelle
quelque chose ?) n'est jamais loin dans ce type de récit (tiré d'événements réels), a fortiori
à Hollywood.
Le spectateur lambda pourra peut-être se trouver dérouté devant
l'absence d'ennemi visible, limite avant-gardiste pour une production de cette envergure (100
millions de dollars, quand même). Sans compter les petites nuances scénaristiques se rapportant à
la notion de devoir et de trahison, rendant parfois les réactions des protagonistes difficiles à
décoder.
Mais malgré son sens évident de la mise en scène, Kathryn Bigelow ne nous
épargne pas quelques longueurs, comme cette fin qui n'en finit plus de finir et dont le seul
intérêt est de constater à quel point les maquilleurs savent bien vieillir les acteurs.
Et on a beau être chez les soviets, on n'échappe pas pour autant à la musique grandiloquente
de circonstance.
- L@urent C@mite
Par zoom-Cinema.fr le 18 septembre 2002.


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