Secret de tournage du film L'invité
La lettre de motivation du réalisateur Laurent Bouhnik
A une époque où j’avais envie de faire un film pour rire, au sens premier du terme, j’ai été frappé par la lecture du scénario de L’Invité. J’ai trouvé ce texte particulièrement intelligent et j’ai immédiatement eu envie de le mettre en scène, notamment parce qu’il traitait de personnages touchants à l’intérieur d’une histoire drôle.
Pour moi qui viens d’un univers plus sombre, et qui n’écris que des choses très torturées, ce scénario est l’occasion idéale de parler d’un thème grave de façon légère, et de toucher ainsi le plus grand nombre. Car le propos de cette comédie est extrêmement grave, il s’agit selon moi de réaliser un film sur l’humiliation : dans notre société, quelle humiliation doit-on subir pour vivre ? On est loin d’un simple humour « tarte à la crème » ou d’une bête comédie potache.
J’envisage, pour le traitement de ce scénario, de m’inspirer d’une double référence : la comédie anglo-saxonne, pour son sens du rythme et la richesse de son univers musical, et la comédie italienne, pour une image à la frontière du réalisme et de l’imaginaire. A titre d’exemples, je suis particulièrement sensible à la réussite des moments d’émotion dans Quatre mariages et un enterrement, mais aussi à l’image un peu outrée d’Affreux sales et méchants.
Si vous connaissez ma filmographie, vous remarquerez d’ailleurs que Zonzon exploitait déjà, de façon inversée et fugace, l’irruption de moments de rire dans un univers dramatique. Visuellement, le mélange de réalisme et d’imaginaire était également présent : alors que beaucoup de vrais taulards ont cru reconnaître la prison du film, elle était totalement imaginaire.
J’accorderai donc une grande importance au traitement des décors et des costumes. Il suffit de voir les films de Pedro Almodovar ou Tim Burton pour comprendre à quel point les vêtements et les décors peuvent refléter la psychologie d’un personnage. Je chercherai donc à faire naître de cet appartement la sensation d’un univers « seventies » qui n’a jamais été modernisé, sensation qui sera accentuée par le choix des costumes : un véritable accord sera recherché entre les éléments artistiques et le jeu des comédiens.
Enfin, je suis bien conscient, compte tenu de la nature du texte original, de l’écueil à éviter : ne pas tomber dans le théâtre filmé, et faire oublier l’unicité de lieu. Pour cela, je compte miser sur le rythme et la variété des angles de prises de vue. Il n’est pas question de tourner cette comédie en classiques plans séquences, mais, bien au contraire, de varier les plans et d’empêcher le moindre temps mort dans la dynamique du film.
J’espère donc que vous ne vous contenterez pas de l’image à laquelle mon travail a été associé jusqu’ici et que vous serez sensible à mes arguments.
Dans l’attente d’une réponse positive de votre part, je vous prie de croire à l’expression de mes sentiments respectueux,
Laurent Bouhnik
Par zoom-Cinema.fr le 19 septembre 2007.


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