Critique du film Le voyage de Chihiro (9 / 10)
MALICE AU PAYS DES MERVEILLES
A la base
de ce Voyage de Chihiro, il y a donc Alice au Pays des Merveilles, le classique de Lewis Carroll
et son adaptation animée par Walt Disney, toute aussi classique, dont Miyazaki est un fervent
admirateur. Le postulat de départ (au bout du tunnel, un monde inconnu et merveilleux), le
principe narratif (succession de rencontres avec des créatures surréalistes) et la symbolique
générale (sortie de l'enfance par les épreuves) sont ainsi similaires. Mais venant d'un
cinéaste de la trempe d'Hayao Miyazaki, il ne faut pas s'attendre à un simple portage d'Alice
dans la mythologie et le folklore japonais.
Au studio Ghibli, ils voient les choses
en grand et Alice devient une sorte de néoclassique appelé Chihiro. Si les premières minutes
peuvent laisser perplexe par l'aspect rudimentaire de l'animation et la platitude des
dialogues, c'est en réalité pour mieux mettre en relief la rupture opérée par le basculement de
l'héroïne dans "l'autre monde". Un monde coloré, foisonnant, plein d'habitants étranges tour à
tour drôles ou inquiétants, mais aussi un monde complexe (cf. le temple où se déroule une bonne
partie de l'action, avec ses résidents, employés, coutumes?) et très cohérent, dont la
configuration peut même changer au gré des événements climatiques.
On a beau être dans
le domaine du merveilleux, le script n'en reste pas moins très crédible, l'immersion est totale
et la communion entre le film et son public va bien au-delà de ce que le cinéma de consommation
courante nous a habitués.
Le meilleur exemple en est une scène de poursuite dans le
fameux temple qui déclenche l'effervescence des nombreux personnages y assistant et, dans une
sorte d'osmose irréelle, celle des spectateurs dans la salle. Euphorisant.
C'est
que tout, dans ce film, est tellement expressif que l'impression de regarder un dessin animé
s'estompe rapidement. Il s'agit avant tout (et surtout) de cinéma. Et si les enfants y
trouveront largement leur compte, les parents et les grands frères ne devraient pas être en
reste, car Miyazaki ne sous-estime pas son public.
Comme souvent dans ses films, il n'y a
pas de personnages intégralement vertueux ou intégralement abjects (à l'exception peut-être de
l'héroïne). Miyazaki nous lance de plus quelques messages sous-jacents en rapport à nos
préoccupations sociales (le non respect d'autrui, la cupidité face à la richesse?) qui, s'ils
ne seront sans doute pas perçus directement par les plus jeunes, touchent à quelques principes
qu'il n'est jamais inutile de rappeler (surtout de nos jours).
Si je vous dis en
plus que Chihiro ne souffre pas des longueurs de Princesse Mononoké, qu'elle est dotée d'une
bonne dose d'humour et que sa musique est constituée des inusables mélodies à quatre notes de
Joe Hisaishi, vous comprendrez qu'il est urgent d'aller découvrir son sublime voyage. Un
émerveillement de tous les instants avec lequel Miyazaki atteint ce qu'il serait vraiment
mesquin de ne pas appeler des sommets.
- L@urent C@mite -
PRINCESSE
CHIHIRO
Quand on arrive à un tel niveau de perfectionnement, de richesse formelle
et scénaristique, doublée d'une musique limpide et magique, le spectateur ne peut être QUE
touché par la grâce de la Princesse Chihiro. Un enchantement de tous les instants. Sublime,
hypnotique et envoûtant.
@ir-V Trocc@z
Par zoom-Cinema.fr le 10 April 2002.
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