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Le voyage de Chihiro
Secrets de tournage

Affiche miniature du film Le voyage de Chihiro Affiche du film Le voyage de Chihiro
 


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Ciné : 10 avril 2002

Genre : Dessin-animé.
Nationalité : Japonais

Secret de tournage du film Le voyage de Chihiro

Secret de tournage du film Le voyage de Chihiro

Les secrets du Voyage de Chihiro

Dans le courant de l'année 1997, au moment où la production de Princesse Mononoké fit rage, atteignant des sommets d'intensité, Hayao Miyazaki succomba à une asthénie physique et morale. Les forces du réalisateur déclinaient. Mais, le cinéaste ne pouvait pas abandonner le combat qu'il était en train de mener.
Le studio Ghibli jouait alorsson avenir financier à chaque métrage, Miyazaki fut contraint de vaincre la maladie et d'exploser le box-office pour assurer la pérennité de son studio. Au terme de cette épreuve herculéenne, il déclara que le glas de sa carrière venait de sonner. A cette époque, Princesse Mononoké talonnait le Titanic au box-office japonais.

Pourtant, il y a trois ans, Miyazaki décida de sortir de sa retraite et de remettre sa santé en danger pour réaliser Le Voyage de Chihiro (Sen to Chihiro no Kamikakushi *1).

L'histoire lui donne raison, car le vieux maître a reconquis le box-office nippon en séduisant grâce à son dernier film un nombre de spectateurs plus important que Titanic en deux fois moins de temps.

PLUSIEURS MOUTURES ET CHANGEMENTS DE CAP

Le film était à la base très pessimiste. Sa création fut très difficile.

Hayao Miyazaki eu envie de réaliser un film à l'opposé de Princesse Mononoké. Le réalisateur désirait traiter un sujet important mais plus léger afin de finir sa carrière sur une note plus positive, plus allègre.
Avant que le début de la production de Princesse Mononoké, Miyazaki s'était passionné pour un livre pour enfants de Sachiko Kashiwaba publié en 1980 : Kirino Mukouno Fushigina Machi (Un village mystérieux par delà la brume).

Miyazaki a donc soumis l'idée de porter le livre à l'écran, afin d'explorer ses thèmes et comprendre la fascination qu'il exerce sur le jeune public. Mais, le film a été refusé.

Après cela, le réalisateur de Princesse Mononoké a proposé un autre concept plus contemporain, Rin et le peintre de cheminée, qui était en plus doté d'un personnage dynamique et moins complexe.
L'histoire se déroulait également dans un établissement de bains ayant été miraculeusement épargné par le tremblement de terre de Tokyo. S'élevant au milieu des gravats, le bâtiment avait cependant besoin de réfections. Une jeune étudiante venant d'Osaka était admise à y séjourner à condition de repeindre la cheminée du Yuya? Ce projet d'adaptation fut lui aussi rejeté.

Miyazaki ne se découraga pas pour autant. Il gribouilla le synopsis d'un film inspiré de Rin et le peintre de cheminée mettant cette fois-ci en scène une petite fille et deux horribles méchants, le premier étant inspiré par notre producteur, monsieur Suzuki, le second par moi-même.

Bizarrement, ce projet-ci fit immédiatement l'unanimité au sein du studio.

UN TRIOMPHE HISTORIQUE


Long-métrage de 122 minutes, Le Voyage de Chihiro coûta 120 millions de francs, un budget colossal pour un film d'animation nippon, même s'il reste cinq fois moins élevé que le financement moyen d'un dessin animé estampillé Disney.

Cela n'a pas empêché Le Voyage de Chihiro de devenir un triomphe sans précédent. Avant même son exploitation aux USA et sur le sol européen, le long-métrage d'Hayao Miyazaki s'est imposé comme le premier film non-américain de l'histoire ayant rapporté plus de 200 millions de dollars au box-office mondial.
La France est le premier pays occidental qui offre à cette ?uvre déjà mythique une diffusion d'envergure.
L'incroyable succès du Voyage de Chihiro peut s'expliquer de diverses façons. La popularité de Hayao Miyazaki et de son dernier film, Princesse Mononoké sont des éléments à prendre en compte. Mais, Le Voyage de Chihiro est avant tout un film d'aventures différent, qui tient en haleine sans recourir à la violence, ni à des tonnes d'actions, ni à l'humour tout court, pas plus qu'à des effets spéciaux spectaculaires ou à des propos outranciers.

La petite Chihiro y fait la découverte de vertus comme l'amitié, la rigueur et de la discipline. Mais l'objet du film n'est pas pour autant de donner des leçons. Il tente de faire prendre confiance aux enfants, tout en leur disant qu'il est nécessaire de se forger un nom. Ce mélange d'actualité, de réflexion et de fantaisie est très peu fréquent au cinéma. Grâce au savant dosage qu'a réalisé Hayao Miyazaki, le public s'est passionné pour Le Voyage de Chihiro car il est conscient dès les premières minutes d'assister à un spectacle rare.

ANALOGIQUE ET NUMERIQUE


Pour Le Voyage de Chihiro, le studio Ghibli a employé une technique de traitement digital de l'image identique à celle qui fut pour la première fois usitée sur le précédent long-métrage du studio, Mes voisins les Yamadas (Isao Takahata). Mais, chez Ghibli, à l'inverse de chez Pixar ("Toy Story 1 et 2", "Monstres et compagnie"), il ne s'agit pas de réaliser un film exclusivement grâce à l'ordinateur.

Tous les dessins, les personnages et les décors sont d'abord peints à la main pour ensuite être scannés et digitalisés.

Seuls la finition, l'animation et le choix des couleurs définitives sont traités numériquement. A cette occasion, Ghibli a créé le poste de "réalisateur de l'image numérique", qui échut à Okui Atsushi, dont le rôle a été de digitaliser les travaux fournis par chaque département du studio en leur ajoutant les mouvements de caméra et les effets spéciaux visibles à l'écran.

La numérisation des dessins a complètement changé les habitudes des dessinateurs. A l'époque où ces derniers travaillaient encore sur celluloïd, il était difficile d'ajouter beaucoup d'effets sur les images. Grâce aux procédés digitaux, on peut désormais modifier les dessins originaux sans crainte, les erreurs pouvant facilement s'effacer. La phase essentielle de ce processus est le scannage des croquis.

Le but du studio n'était pas de créer un film en images de synthèse, mais d'améliorer la qualité de l'animation tout en obtenant la meilleure harmonie entre images peintes à la main et "Computer Graphic". La technique employée est particulièrement efficace pour régler la clarté d'une seule partie d'un plan ou pour produire des effets dynamiques en isolant le mouvement d'un personnage.

L' objectif n'étant pas de faire disparaître le dessin à la main, qui possède une texture incomparable, mais d'utiliser tous les outils susceptibles d'augmenter sa richesse visuelle. En fait, seulement quelques plans et effets spéciaux du film furent intégralement élaborés grâce à l'informatique, l'idée d'Hayao Miyazaki étant de tirer le meilleur parti du mariage entre techniques modernes et traditionnelles.

Par exemple, la fumée et la brume, initialement peintes analogiquement furent améliorées digitalement. Par contre, la statuette de l'homme de pierre (qui représente le Dieu du voyage) aperçue au début du film fut entièrement conçue en 3D. De même, la plupart des plans aquatiques (notamment ceux de la baignoire qui déborde en présence du Dieu de la rivière) ainsi que ceux montrant l'ouverture de la porte de la maison de Zeniba sont en "full digital".

Dans ces conditions il se pose plusieurs problèmes d'uniformité, pour les couleurs notamment.
En fonction du réglage du moniteur de l'ordinateur les couleurs n'ont plus le même aspect.
Pour résoudre cette difficulté, Okui Atsushi a mis au point le "color management system", qui se chargea d'opérer automatiquement la vérification de la majorité des couleurs modifiées par voie informatique.
Pour les films précédents du studio, la phase d'intégration des effets spéciaux consistait simplement en un cycle de retouches. Avec l'apport du numérique il s'agit maintenant d'une phase de création à part entière qui est beaucoup plus stimulante.

LE PREMIER FILM JAPONAIS EN DLP

Le Voyage de Chihiro est le premier film réalisé par Hayao Miyazaki colorié et enregistré au format digital. Les données numérisées ont ensuite été utilisées pour imprimer les pellicules mais aussi pour conformer le film au format DLP.

Ainsi, après "Star Wars, La Menace Fantôme"," Toy Story 2", "Dinosaure" et "Les 102 Dalmatiens", qui ont inauguré le DLP à l'échelle mondiale, Le Voyage de Chihiro est le premier film japonais employant ce procédé révolutionnaire, permettant de projeter un film dans des conditions optimum sans avoir recours à la pellicule et sans craindre l'usure du temps ou de mauvais transferts.

Sur le plan sonore, tous les films du studio sont digitalisés depuis Mimi o sumaseba (1995). Cependant, Le Voyage de Chihiro représenta un nouveau défi pour les techniciens. En effet, délaissant le fameux Dolby Digital 5.1, Miyazaki a opté pour le Dolby Digital Surround EX 6.1 et le DTS-ES, qui permettent de rendre des effets acoustiques beaucoup plus fins.

Pour l'instant, Le Voyage de Chihiro est le seul film au monde ayant bénéficié de toutes les technologies de pointes en terme de traitement de l'image (Digitalisation intégrale et DLP) et de sons (Dolby Digital Surround EX 6.1 et le DTS-ES).

UNE SUCCURSALE EN COREE


Avant Le Voyage de Chihiro, Ghibli n'avait jamais sous-traité la production de ses films à l'étranger, contrairement à tous les autres grands studios américains et japonais.

Les délais restreints et la réduction d'une partie des effectifs en raison de la crise économique asiatique ont contraint M. Suzuki à envoyer M. Tanaka en Corée à la tête d'une équipe chargée de superviser le labeur des animateurs locaux.Evidemment, il n'était pas envisageable que le Voyage de Chihiro souffre de cette décision.

Aussi, messieurs Saitô, Ôhashi, Ishii et Tanaka partirent un 23 mai pour Séoul et ne revinrent que deux mois et demi plus tard. En règle générale, le contrôle de qualité exercé par les studios sous-traitant en Corée n'est pas aussi drastique. Ils se contentent de surveiller sur place le début de la production et se font ensuite livrer pour inspection, par voie électronique ou aérienne, une partie seulement des "cellulos".

L'inertie du processus se répercute invariablement sur les coûts de production tout en étant contraire à la logique qualitative. En s'octroyant la possibilité de surveiller, voire de modifier, l'intégralité des travaux fournis par les artistes coréens en temps réel, Ghibli a su utiliser l'intégralité des ressources humaines et techniques du studio D.R digital, l'un des meilleurs du monde pour le traitement des images digitales. Dans des domaines très précis, certains studios coréens sont plus efficaces que leurs homologues japonais.

LA PERENNITE DE L'OEUVRE

Princesse Mononoké (1997) continue le périple de Nausicaä (1984).

Le Voyage de Chihiro (2001) prolonge les rêveries de Totoro (1988), le gros monstre en peluche qui est devenu l'idole des enfants nippons. Dans Totoro, deux fillettes déménageaient, comme Chihiro, découvrant émerveillées l'existence des créatures magiques peuplant les forêts nippones. Curieuses, généreuses, ces héroïnes respiraient la joie de vivre. Dans Totoro, Miyazaki montrait une famille unie, coexistant harmonieusement avec son environnement physique et spirituel. Dans Le Voyage de Chihiro, le cinéaste s'interroge sur la validité actuelle de ce modèle (Totoro se déroule dans les années 60).

Lors du déménagement de Totoro, deux enfants euphoriques dévoraient des yeux le paysage. Dans Chihiro, on découvre une fillette avachie sur la banquette arrière d'une voiture. D'autre part, quand les parents de Totoro sont toujours présents, ne serait-ce qu'en pensées, auprès de leur progéniture, ceux de Chihiro paraissent plus distants

Par zoom-Cinema.fr le 10 avril 2002.

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