LE DIABLE S'HABILLE EN MAFIA (9 / 10)
Les mafiosis, à Scorcese, çà lui réussit. Tel pourrait être l'adage de ce nouveau long-métrage, relecture habile d'un succès du cinéma hong-kongais, Infernal Affairs. Le réalisateur s'approprie littéralement l'original, pour proposer un polar haletant de bout en bout. L'histoire demeure excitante en diable, avec une partie de cache-cache, des chausse-trappes, une identité double des agents. Un script en béton armé, servi par une mise en scène au diapason, brillante, mais qui a le bon goût de ne pas verser dans l'esbroufe. Après les reconstitutions historiques, Gangs of New York et Aviator, Martin Scorcese renoue avec le genre qui a fait sa gloire. Sans pour autant se complaire dans l'autosatisfaction, il arrive à se surpasser au gré d'un montage nerveux, qui ne laisse aucun temps de répit au spectateur.
Ce dernier sera émerveillé par les idées qui fusent au gré de ces 2 h 30 : images elliptiques (la drogue fournie par Nicholson à ses femmes), ralenti pour les chutes des corps depuis des gratte-ciels, un générique qui n'arrive qu'au bout d'un bon quart d'heure, après un acte d'exposition jouissif. Dans cet écrin, les acteurs s'en donnent à coeur joie, dans des registres divers, voir antinomiques. L'occasion de creuser certains aspects entrevue dans d'autres films (Aviator, pour Leonardo DiCaprio, La mémoire dans la peau pour Matt Damon), élargir leur palette de jeu. L'égérie des années 2000 avec Titanic prouve à nouveau un peu plus toute l'étendue de son talent, après sa composition déjà intense lors de sa précédente collaboration avec Scorcese. Yeux expressifs, tout en retenue, ses mimiques font écho à un certain Robert de Niro, acteur fétiche rappelons-le du réalisateur de Taxi Driver. Dans un registre diamétralement opposé, Matt Damon roule les mécaniques, sûr de son fait, tiraillé entre son nouvel amour et ses engagements avec la pègre. Face à cette jeune garde, Jack Nicholson se voit obliger de compenser pour exister. Il offre un véritable délire dans la démesure, gestuelle à l'appui, pour un cabotinage en bonne et due forme, agrémenté de dialogues irrésistibles concoctés par William Monahan. A ce titre Mark Wahlberg obtient la palme des répliques les plus percutantes, et gagne en épaisseur.
Un cran au-dessus de Casino, surpassant de loin Heat : Les infiltrés se révèle le polar le plus renversant depuis des lustres.
Par zoom-Cinema.fr le 29 novembre 2006.


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