Critique du film Mémoire De Nos Pères (8 / 10)
DES HEROS TRES DISCRETS
Si certains cinéastes manquent de constante, on ne pourra faire ce reproche à Clint Eastwood. Après Million Dollar Baby, le réalisateur ne faiblit pas d'un cran, bien au contraire, en adaptant un livre de James Bradley. Le tout produit par Steven Spielberg. A se demander ce qui arrêtera l'auteur de La Route de Madison, changeant de style avec une grâce et un talent inégalés. Clint Eastwood, avec son regard acéré et sa mise en scène au cordeau, passe sans encombre des scènes intimistes à la grand cavalerie, éclairant avec clairvoyance le malaise de ces jeunes soldats revenus au front. Ces derniers pourraient s'appeler des héros très discrets, tant leur étonnement à échapper à un sort dramatique les déroute. Des militaires qui refusent les couronnes de lauriers toutes tressées. Mémoires de nos pères ne demeure pas seulement un film de guerre (dont les scènes de batailles se hissent au niveau des Soldats Ryan et autres Indigènes), mais aussi un long-métrage personnel s'interrogeant sur la part d'héroïsme, soulignant le fossé entre la part de légende et de fiction. Un va-et-vient entre deux styles, avec un jeu de flashback déroutant, mais maîtrisé. A ce titre, on soulignera la grande intégrité et honnêteté intellectuelle d'Eastwood, qui avec son diptyque offre également le point de vue des Japonais dans ses Lettres from Iwo Jima. L'air de rien, le discret réalisateur impose sa force tranquille, imprimant sa marque dans un genre rebattu. La dernière scène, où ces soldats retrouvent la joie uais-enfantine de se baigner après avoir fait couler le sang, demeure un concentré d'émotion pudique, comme seul un cinéaste de la trempe de Clint Eastwood peut nous proposer.
Par zoom-Cinema.fr le 25 octobre 2006.


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