Quand c'est trop sombre, c'est que t'es trop vieux (4 / 10)
Malgré toute le respect que l'on peut décerner à l'homme, Shutter island est certainement l'un des moins bons films de Scorcese.
Le film prend le parti pris d'une réalisation qui ressemble à du Kubrick avec 30 ans de retard, tellement on pense trop souvent à un The Shining à coté de la plaque. L'image est sombre, granuleuse, vieillotte pour donner un cachet à l'époque et à la psychologie du personnage de Di Caprio, mais le tout demeure poussif, l'histoire mettant des heures à démarrer et les clichés survenant les uns après les autres. La musique est belle mais assommante, et on ne sait jamais où Scorsese veut appuyer son propos, le film nageant entre thriller sous psychose, pseudo-fantastique à peine abordé et horreur philosophique tournant à vide. Di Caprio, acteur d'habitude en béton, est ici insupportable, passant ses scènes à s'énerver tout seul en brassant du vent. Les révélations sont longues et péniblement mises en scènes, mais rien ne frappe le spectateur, et tout finit en eau de boudin.
Reste une impression de déja vu, un film mou, sans vraiment de suspense, avec une conclusion manquant d'inattendu, servie par un scenario trop linéaire. Il est pénible de deviner la fin une heure à l'avance tellement le film s'enfonce progressivement dans ses pseudo-révélations qui ne contiennent finalement pas grande chose. La faute à une mise en scène trop présente et trop "lourde" (musique, flashback), qui fait sortir le spectateur du film. Cela a un coté théâtral dans le sens d'en vouloir en faire trop pour que tout le monde comprenne mais cela manque de subtilité pour restituer une ambiance glauque et névrotique, et le suspens d'un véritable polar...
Les infiltrés était un mauvais remake de manière objective (techniquement bien réalisé et plutôt nerveux, mais beaucoup trop m'as-tu-vu et braillard par rapport à l'ambiance délicieusement plombée de lnfernal Affairs), mais on appréciait la transposition moderne et furibarde proposée, un joli exercice de style. Avec Shutter island, on compte les longueurs en attendant la fin du film, pendant que Scorsese se disperse en exposant des leçons de cinéma tellement caricaturales qu'il se met lui même en abîme dans son propre film par sa réalisation.
Par Laurent B. le 16 avril 2010.


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