Babylone la décadente (2 / 10)
Mathieu Kassovitz s'essaie à la SF, et à la vue du résultat, on se dit qu'on aurait du cotiser pour lui offrir un scénariste et un directeur de la décoration. Mais mêmes tous les efforts du monde ne peuvent sauver un réalisateur de ses propres pannes d'inspirations. Et ces dernières sont énormes quand on regarde cette bouillie infâme qu'est Babylon A.D, pour lequel le cinéaste pique des idées à droite à gauche (Minority report, Le 5e élément, Blade runner, les Fils de l'homme...) pour un résultat frimeur et sans saveur, sans rebondissements et carrément gonflant. Là ou ça aurait pu être un très bon film de SF, Babylon A.D. est un film assommant, à l'histoire tirée par les cheveux, à la narration foutraque, aux scènes d'actions pompeuses et aux thématiques abordées n'importe comment en étalant quantité de symbolismes christiques éculés et prétentieux.
Tout est totalement décousu et dépourvu de sens, trop de flous dans le film, une fin en queue de poisson, un casting atterrant, entre un Vin Diesel qui se la pète avec sa voix de gangster, un Depardieu qui joue le rôle le plus ridicule qu'on lui ait jamais refilé, et des second couteaux vites oubliés. Scénario, visuel, bastons, tout est vu et revu, comment est il possible de faire pareil film surtout venant de la part de Kassovitz ? Passé l'introduction, on sombre très vite dans la consternation et l'ennui, tant le film est laid et agressif, laissant le spectateur totalement en dehors de ce dernier. Il est difficile de savoir ce qui est le plus triste, le film complètement raté ou Kassovitz qui, les clés du chateau en mains, loupe son film et accuse ensuite la production et son équipe de tournage d'êtres les méchants responsables, comme pour Les rivières pourpres... D'un roman riche et profond, le réalisateur extrait un scénario fumeux, modifie les protagonistes en profondeur, supprime les scènes clés, et explique ensuite que ce n'est pas sa faute mais celle des autres. Non seulement le film est moche, mais Kassovitz est un lâche et un mauvais joueur.
Bref, Babylon A.D. est un film qui ne veut pas dire grand chose, parvenant difficilement à faire illusion jusqu'au retournement de situation final, une sorte de sandwich de genre abject qui dépasse l'imagination, film d'anticipation foireux comme on en fait peu. Jean-François Richet avait été descendu en s'essayant au thème de société, son film accusé (à tord) de pomper le bijou qu'est La haine, mais s'était rattrapé une fois à Hollywood avec son remake de Carpenter. Kassovitz, c'est un peu l'inverse, il part du sommet, mais il aurait peut être du raccrocher, ou au moins faire un break, plutôt que nous imposer cette navrante pellicule après son instant de grâce d'il y a treize ans... En attendant, si vous cherchez un bon film post-apo, jetez vous sur les Fils de l'homme, similaire dans son scénar' mais ô combien plus réussi.
Par Laurent B. le 6 mai 2010.

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