Critique du film Le pacte des loups (7 / 10)
GANS AVEC LES LOUPS
An de Grâce 1766. Une terreur s'abat dans une province française: c'est la bête, dit-on, qui a causé la mort de 145 pauvres hères, la bête du Gévaudan. Est-elle réelle, mythique, virtuelle? La rumeur se répand jusqu'à la capitale. Le Roi envoie alors le chevalier Grégoire de Fronsac pour élucider ce mystère. Très vite, Fronsac baigne dans l'ambiance glauque de cette contrée: une société gangréneuse, oû les soirées donnent lieu à des réunions qui ne sont pas sans rappeler celles du Ku-Klux-Klan. Une société en crise, scindée entre l'aristocratie et le peuple. En total contraste avec cette peinture d'une société divisée, Christophe Gans a réalisé un film hybride. Toutes les frontières sont ici abolies, les règles bouleversées: Plus de frontières entre les genres cinématographiques: alternance de scènes intimistes et de combats, costumes d'époque ...Plus de frontières entre les acteurs, grâce à un casting international et multi-générationnel: les Belges Emilie Duquenne et Jérémie Rénier, l'Italienne Monica Belluci, les Français Vincent Cassel et Samuel Le Bihan donnent la réplique à Jean Yanne ou encore Bernard Farcy. Plus de frontières entre les pays : les héros pratiquent des arts martiaux exotiques, le frère d'armes de Fronsac est un Indien.
Plus de frontières dans le temps: le passé et le présent se rejoignent: paysages servis par la technologie du troisième millénaire, présence de kung-fu ? Et les acteurs prolongent ce voyage du spectateur aux confins de la réalité. Plus de ligne de fracture nette et distincte entre le bien et le mal, grâce aux acteurs caméléons ou transformistes: Cassel, formidable d'ambiguïté, Samuel Le Bihan aussi à l'aise dans les scènes d'action que pour faire la cour à une jeune femme. Ce melting-pot des genres, Gans le filme avec une virtuosité certaine.
Pour ce qui est des fouettements de jambes, les amateurs seront servis.Surdoué de l'image, Gans use des travellings, des effets de caméra pour inclure des combats inédits dans le paysage cinématographique français:des duels et bagarres, avec cape mais sans épée. Des combats flamboyants, qui viennent parfaire la notion d'un monde morcelé, puisque les duels sont toujours filmés en deux temps: accélération du mouvement puis ralenti avant le coup final. Un rythme semble décupler la force des héros. Un tempo qui marque les clivages entre noblesse et le peuple, entre ceux qui savent manier les armes et les autres. Seul bémol: l'intrigue. Après une première partie oû le réalisateur suggérait la présence de la bête, celle-ci fait trop vite son apparition:la tension retombe malgré une pirouette scénaristique habile. Audacieux mais inégal mélange des genres, "Le Pacte des loups" ouvre de nouveaux horizons pour le cinéma français. Un cinéma qui se nourrit d'influences multiples (les oiseaux qui s'envolent ne sont pas sans rappeler les colombes de John Woo), pour imposer finalement son propre style. Un film annonciateur d'expérimentations plus personnelles que ce film de commande.
Par zoom-Cinema.fr le 31 janvier 2001.


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