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The Wackness
Critique du film

Affiche miniature du film The Wackness Affiche du film The Wackness
 


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Ciné : 24 septembre 2008

Genre : Comédie dramatique.
Nationalité : Américain

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La vie en juin (10 / 10)

Il y aura deux films à retenir de 2008. Si The dark knight est la grosse prod à sensation de l'année, The wackness est un coup de coeur qui se range à part, l'un de ceux que l'ont chérit dans un coin de ses références cinéma à soit, et dont la sortie anonyme dans un DVD minable  (traduit en français sous le titre ridicule La loose) provoque toujours un profond dépit du spectateur au regard de la qualité du film. Car oui, The wackness est un grand film : brillant, triste, subtil, acidulé, mordant et plein d'espoir et d'humanité à la fois, et qui ne connaîtra jamais le succès du fait de son statut très indépendant. Suivant un double fil narratif qui s'entrecroise au fur et à mesure de l'avancement des problèmes de Luke et Squires, Jonathan Levine réalise un film sur l'adolescence un peu nostalgique, ancré dans une époque qui semble signifier beaucoup de sa propre jeunesse. On y sent du vécu, l'envie d'imprimer le rythme d'une époque chérie, d'évoquer. La scène d'introduction avec le monologue intérieur de Luke est le premier éclat d'un parcours étonnant dans les recoins de l'âme.

De la désillusion sur l'avenir de Luke aux promenades dans les parcs ensoleillés, et les métros et leurs roulis, les scènes évoquent forcément des souvenirs personnels lorsque l'on fut enfant de cette fin de siècle.  La photographie est mélancolique, vintage à souhait et maitrisée, un son qui colle à chaque parcelle de béton et le doublage français, sans être transcendant, assure le minimum syndical. Au dela de la photographie, cela passe avant tout par une bande son magistrale, restituant parfaitement la symbiose d'époque de "respirer la ville" par le hip-hop. Nas, le Wu-Tang Clan, Notorious BIG qui explose à ce moment, De La Soul et autres A Tribe Called Quest... un soundtrack qui ne rassemble que des pépites de l'époque, et qui sert énormément à raconter sans dialogues, plusieurs scènes découlant d'elles mêmes par les morceaux apposés dessus. Là où les habituels film de hip-hop nous plongent dans les battles, les break sessions ou l'univers des maisons de disque, The Wackness prend le hip-hop et l'année 94 comme toiles de fonds à des parcours initiatiques vécus de l'extérieur, ceux d'un petit blanc d'origine modeste et d'un vieux hippie reconverti. Le visuel marque bien le décor détonnant de ce que fut 1994 : les baskets de Luke, les blocks parties organisés à la ramasse dans les rues et sur les toits, les looks hétéroclites et farfelus des habitants de la babylonienne NYC, Giuliani tapant sur les clodos et la musique,  la bande son, les mixtapes... ode à la culture nineties de la cassette, The Wackness est également une déclaration d'amour du réalisateur à sa ville, étirant New York et ses paysages d'été en personnage à part  entière, vivant et accompagnant les deux protagonistes. Du film s'élèvent parfois des ambiances à la Gondry (on pense à Be kind rewind) ou la même mélancolie affectueuse qui traine dans les compositions d'un Juno.

Parlant au spectateur pour son propos et son contexte intertemporel, le long-métrage peut s'appuyer sur des  personnages en béton armé auxquels on s'attache immédiatement. Luke est un loser paumé tout le temps dans la lune, qui n'arrive pas à camoufler ses défauts et son comportement gauche en société. A défaut d'apparaitre comme populaire, il fait preuve d'une intégrité maladive quand il commence à éprouver des sentiments pour ce qui n'était  à la base qu'une partie de jambes en l'air. Et les conséquences lourdes de ces sentiments qui suivent avec. Quand au Dr Squires, le cliché du psy fou est réutilisé de manière totalement maitrisée, livrant un personnage complexe, bordélique, paumé et allumé en même temps, et surtout attachant à souhait. Les personnages secondaires apparaissent en nombre restreint et ont tous un rôle à jouer d'importance et sont différemment travaillés tout en restant crédibles. Quelques apparitions loufoques, Method Man en dealer looké comme un bluesman, et Mary-Kate Olsen en hippie puérile défoncée en permanence, passant ses apparitions à danser sans percuter personne.

Comment réussir à exprimer parfaitement tout ce que l'on ressent finalement en regardant ce film ? The Wackness est beau, lucide, frais et humain, dans la lignée de The big Lebowski, Animal factory ou Le péril jeune, le genre de film difficile à raconter et qu'il faut voir pour vraiment comprendre et accrocher, à la coolitude assumée, avec de vrais moments poignants dans la toile de sentiments qui enveloppent des personnages hauts en couleur, et une véritable identité personnelle dans le fond de l'oeuvre. C'est aussi simplement un film plein de nostalgie, celle d'une décennie, de la musique, de la jeunesse, du temps qui passe. Avec la rencontre d'un ado dealer de chanvre emprunt à ses pulsions sexuelles et d'un vieux psychologue légèrement atteint du syndrôme de Peter Pan. Levine nous entraîne avec virtuosité dans un été plein de remises en question et de découverte de soi à NYC. Ben Kingsley est touchant dans son rôle de rêveur brisé, psychologue doux dingue, et Josh Peck fait sourire dans toute sa maladresse et sa fragilité. Un film sur les espoirs et les déceptions qui s'arme d'une bande d'époque pour nous faire réagir sur ce que nous étions, ce que nous sommes et ce que nous voulons être.

Par Laurent B. le 6 mai 2010.

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