Audiard en prison
Audiard : le « messie » de Cannes
Après « De Battre mon cœur s'est arrêté », Jacques Audiard s'est clairement inscrit dans la lignée des réalisateurs français qui marquaient les esprits par leur film coup de poing. Violence, scènes parfois crues, marquent au fer sa réalisation. Il dirigeait un Romain Duris que l'on venait de voir dans la peau du voleur Arsène Lupin et apparaissait à l'écran la même année dans Les poupées russes de Klapisch. Deux films aux antipodes des films d'Audiard et surtout deux rôles à l'opposé des types de personnages endossés auparavant par l'acteur. Audiard faisait naître un autre Duris.
En 2009, c'est dans le contexte « starlettes et paillettes » mais aussi dans celui du plus prestigieux festival de cinéma au monde qu' Un prophète était présenté. 13 ans après Un héros très discret, où il mettait en scène Mathieu Kassovitz, il fait son retour sur la croisette. Et quel retour : certains parlaient de lui comme du Messie de cette cuvée 2009. Avec seulement 3 Français en compétition, Audiard sort son épingle du jeu lors de la projection de son Prophète. Le dernier soir, le grand soir, Audiard repart avec le Grand Prix du festival.
Tahar Rahim : le prophète
Après avoir dirigé des visages connus du métier comme Kassovitz, Duris ou Cassel fils, Audiard mise sur un inconnu : Tahar Rahim. Ce jeune Français commence sur les planches après ses études de cinéma à Montpellier. Il s'illustre dans A l'intérieur, en policier. Ironique pour son rôle de détenu dans Un prophète ... C'est dans une série à laquelle il participe sur Canal +, La commune, qu'Audiard le repère. Touché par la justesse de son jeu, le réalisateur porte son choix sur ce jeune homme qu'il classe parmi les « prototypes masculins un peu juvéniles » qu'il affectionne. On murmure un prix d'interprétation pour Tahar, mais c'est Christoph Waltz qui l'emporte pour sa performance d'officier allemand dans Inglorious Basterds de Tarantino.
Un air de déjà vu
Si tout réalisateur a ses acteurs fétiches, Audiard en fait partie. Il « caste » Niels Arestrup dans le rôle de César Luciani, vieux Corse qui va rallier le jeune détenu arrivant, dans son groupe. Puis, Gilles Cohen dans le rôle du prof. Les deux acteurs avaient précédemment été vus dans De battre mon cœur s'est arrêté.
Parti de rien, arrivé au sommet
L'idée d'Audiard, c'est de montrer que l'on peut monter dans la hiérarchie sans jouer les gros bras. Il casse l'image que l'on a des baraqués qui font régner l'ordre et donne une autre image qui est celle des cerveaux qui réussissent à s'imposer sans être des tueurs nés. L'idée n'est pas sans rappeler l'histoire de la série Prison Break, également inspiré du milieu carcéral (comme le titre l'indique), où un jeune ingénieur parvient seulement grâce à son ingéniosité (et quand même un peu de chance !) à s'évader d'une prison sous haute surveillance. Audiard a en tête de montrer que l'accession au pouvoir ne se fait pas qu'armé de massue, mais qu'elle peut aussi se faire en utilisant ses méninges.
Au final, le film repose sur un paradoxe : l'histoire d'un jeune qui n'était rien avant d'arriver en prison et qui va devenir quelqu'un à l'intérieur de ses mûrs. Aurait-il pu évoluer à l'extérieur ? Non. Audiard dresse le portrait d'un détenu qui, en arrivant, était analphabète, et se rangeait d'office dans la case du soumis. Il n'était personne dehors, n'aurait sans doute jamais pu évoluer et malgré tout, gravi les échelons dans un milieu clos où toute ascension sociale n'est plus envisageable.
On retrouve cette idée d'ascension dans son Un héros très discret, où le personnage qu'interprète Kassovitz s'invente des exploits commis durant la seconde guerre mondiale. Ce sera avec ses mensonges que le personnage principal construira un héros, qui en réalité n'existe pas.
Une suite envisageable
Audiard aurait en effet parlé d'une suite possible à son Prophète. Il pense filmer l'évolution de Malik, personnage joué par Tahar Rahim, une fois ses nouvelles compétences acquises. Il veut voir l'après-prison : en quelque sorte, sa métamorphose, le nouveau Malik.
Par Tiffany le 24 août 2009.


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