Retour sublimé du chevalier noir (9 / 10)
Christopher Nolan parvient à réaliser l'exploit de sauver, et même de relancer une licence en péril depuis les pitreries kitch de Joel Silver qui avait laissé un souvenir plutôt mesquin dans le coeur des fans de l'homme chauve-souris. Il faut dire que les derniers films de Batman s'enfonçaient dans une surenchère pétardante et idiote propre à la vision d'époque des superhéros au cinéma. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, et les cinéastes fans des oeuvres originelles ont décidé de faire justice eux même.
Monté beaucoup plus subtilement que les Spiderman ou X-Men ultra tapageurs (malgré les louables intentions des premiers opus), ce Batman 2.0 est une réussite. L'ambiance de Gotham City est formidablement restranscrite, la ville devenant elle même une héroïne à part entière du film, glauque et inquiétante. Y évoluent des personnages intéressants et travaillés, avec un méchant un peu beaucoup siphonné comme toujours, mais très crédible, et qui va par son plan de bataille proposer un final iréel dans une Gotham fantomatique et menacante. Le fil narratif prend le temps de traiter le développement psychologique des personnages, éludant avec brio l'écueil d'amener de la grosse castagne dès le début du film (ou alors si mais plus subtilement). Mention d'ailleurs pour les scènes d'actions elles aussi, qui opèrent un délicieux retour en arrière : pas de bullet-time ni de chorégraphies irréalistes, Batman a beau avoir suivi une formation de ninja et se tapir dans l'ombre, quand il tape sur quelqu'un, il n'y va du dos du biceps et on sent les coups passer ! Le casting n'est pas en reste, Liam Neeson et Morgan Freeman assurant leurs rôles avec sérénité, et Christian Bale réalise une performance excellente. Gary Oldman mérite plus que ce second rôle sans couleurs et Michael Caine compose un Alfred charismatique et pas laissé au second plan. Ken Watanabe se contente de faire de la figuration, dommage à la vue de sa prestation dans Le Dernier Samurai.
Soutenu par une musique collant parfaitement à l'ambiance et une photographie sublimant le jeu des ombres de la ville, le film, malgré sa longueur (2h20) se suit sans réelles passages à vides (bien qu'il aurait gagné à être coupé de quelques séquences inutiles ou un peu longues), et permet en même temps de travailler progressivement le personnage de l'homme chauve-souris et sa dualité justicier / milliardaire, mise en relief par les deux niveaux de Gotham (ville haute et bas-fonds qui ne sont pas sans rappeler les mythologies post-apocalypse d'oeuvres comme Gunnm ou Final Fantasy VII). D'aucuns critiqueront peut être le fait que les enquêtes policières soient un peu brouillonnes voire couillonnes ou que le méchant apparaisse d'un coup sur la scène du film sans réelle explication. Le meilleur aspect du film reste sa réflexion sur la justice et sa différence par rapport à la vengeance ou le vigilantisme (sujet également développé par Outlaw mais dans le mauvais sens), qui remet autant en cause autant les actions de Batman que celles de ses adversaires. Il est un peu simplet (suivons le comics) d'avoir une ville avec un flic réglo au milieu d'une population de crapules corrompues, mais les personnalités de Bruce et de son adversaire, ainsi que la confrontation de leurs idées livrent une réflexion pertinente et jamais engagée dans un parti unique.
Batman begins est un excellent portage, une oeuvre noire et psychologique qui colle à la peau de son superhéros et de son caractère, et qui s'en sert pour travailler sa personnalité cinématographique. Son unique défaut, à part quelques petites imperfections dans son fil narratif, aura été de se voir finalement effacé par une suite encore plus réussie encore. Pour le reste, à moins d'être un radicaliste acharné de la mythologie du superhéros, on ne peut que se laisser imprégner par l'univers formidable développé par Nolan dans ce film.
Par Laurent B. le 30 avril 2010.


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