La valse des pantins (7 / 10)
Inspiré des vies d'Edgard Hoover et James Angleton, fondeurs et moutons noirs de la CIA, Raisons d'Etat (The good sheperd) est un film dont le propos marque et reste en mémoire, mais à la réalisation noire et agressive. Certaines scènes sont très froides et restituent toute l'horreur et la détermination du renseignement américain au service de son pays. Depuis le suicide de son père jusqu'à la création d'une unité de contre-espionnage de la CIA dont il prend la tête, en passant par les rencontres avec Clover (Angelina Jolie, dans un rôle intéressant mais un peu caricatural), avec son contact de la CIA Bill Sullivan (Robert de Niro qui ressemble à un Coluche vieux), son ennemi Ulysse du KGB, son entrée dans les sociétés secrètes, son travail en Angleterre durant la guerre, les mentors et les traîtres se succèdent autour de la personne d'Eward Wilson (Matt Damon, glacial). Si bien que lui même ne sait plus à qui faire confiance. Raisons d'Etat demande quand même d'avoir une bonne culture historique. Car dès lors qu'on en est dépossédé, le film passe totalement à côté de son but. C'est la sa seule limite : s'adresser à un public d'avertis.
Des complots tortueux, des obtus de la raison d'Etat, des types complètements étriqués dans leurs attitudes, dans leurs comportement, des ratés émotionnels qui pourtant prennent des décisions historiques. Le truc bien du film c'est Matt Damon, excellent comme d'habitude, et campant à la perfection un pur produit de l'éducation WASP de la côte Est, le serviteur dévoué des Etats-Unis. Mais le film est long (3 heures) et l'histoire est assez tarabiscotée et réaliste mais aussi très mélodramatique d'un autre coté. Il est indéniable qu'un énorme travail de documentation a été effectué, mais on a parfois de la peine à suivre, tant certains éléments sont amenés maladroitement, dans le seul but d'éviter une histoire linéaire. Cela ne fait que compliquer la tâche au spectateur, sans que cela enrichisse de quelque façon l'action. On met beaucoup de temps à en arriver au seul élément dramatique du film, la confrontation entre Edward et son ennemi... C'est un peu tard et un peu court. Il est compréhensible que De Niro ait voulu illustrer l'impassibilité de son héros, en fuyant toute émotion et toute tension dramatique dans sa réalisation, mais le résultat est ennuyeux et accumule les longueurs. S'il n'est clairement pas à la hauteur de la première réalisation de De Niro, Il était une fois le Bronx, ce Raisons d'Etats demeure au final un film puissant, mais perfectible sur sa réalisation.
Par Laurent B. le 11 mai 2010.


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